Gesaffelstein ‘Hyperion’ (Columbia) | DJMAG France - Suisse - Belgique
Gesaffelstein ‘Hyperion’ (Columbia)

Gesaffelstein ‘Hyperion’ (Columbia)

L'avis de la rédaction

J’aime les atmosphères de musiques de films, les mélodies : le dance-floor n’a jamais été une fin en soi. Les puristes, je m’en fous. J’ai utilisé la techno, son économie, sa marginalité par rapport à l’industrie parce que je savais que ça serait la façon la plus simple de distribuer ma musique. Mais la techno, ce n’est qu’une partie de ce que j’aime. L’underground, ça me fait penser à ces mecs qui ne vendent pas de disques et qui en font une philosophie. Je n’y crois pas une seconde. C’est ce genre d’attitude qui a appauvri la musique populaire. Moi, quand on me propose de remixer Lana Del Rey, je n’hésite pas un instant. Nous avons la chance d’être les enfants de la plus grosse révolution musicale des vingt dernières années, pourquoi garder ce savoir pour nous ?


Voilà ce que déclarait Gesaffelstein aux Inrocks en 2013, à l’occasion de la sortie d’’Aleph’, son premier album. Alors que son nouveau long format vient d’atterrir après plus de cinq ans d’attente, il serait hypocrite de feindre la surprise à l’écoute de cet ’Hyperion’ : nous étions prévenus. Le Lyonnais a logiquement délaissé la turbine techno dark, suffocante et stylisée qui lui a valu les louanges de la critique et du public.

L’an passé, sa collaboration avec la popstar américaine The Weeknd nous avait déjà alerté sur ce changement de paradigme : Gesaffelstein nourrissait bel et bien l’ambition de se frotter à un public plus large, quitte à abandonner la séduisante radicalité de ses débuts.

Malgré la déception de le voir délaisser les beats tranchants et les tornades synthétiques que l’on avait tant aimé, ce choix faisait sens. Il est légitime et sain de vouloir se renouveler, et on ne peut que saluer le culot du français, qui n’hésite pas à quitter sa zone de confort pour tenter de satisfaire l’exigence du grand public, prenant le risque de laisser les fans de la première heure sur la touche. Après tout, donner une suite à un premier album acclamé est un exercice invariablement périlleux qui fait toujours son lot de déçus. Daft Punk avec ‘Discovery’ ou Justice avec ‘Audio Video Disco’ en savent quelque chose… Gesaffelstein ne sera pas le premier producteur français à prendre son public à contrepied et essuyer un déluge de critiques.

Malgré les efforts pour comprendre sa démarche et une réelle volonté d’indulgence, une sensation de malaise nous étreint à l’écoute d’’Hyperion’. Tout ça pour ça ? Le casting luxueux (Pharrell Williams et The Weeknd en premier lieu…) ne permet pas de compenser un fort déficit d’intensité mélodique : les singles pataugent dans une électro pop convenue, terne et peu accrocheuse. Sur ‘Aleph’, le songwriting ne venait pas faire d'ombre à cette violence raffinée qui prenait le pas sur la mélodie. Désormais, le format Pop ne lui fait pas ce cadeau et tout devient alors plus flasque, comme si le name-dropping avait pris possession de cet électron libre de la French Touch nouvelle génération…

Les titres instrumentaux ne relèvent malheureusement pas le niveau. Si ‘Vortex’ ou ‘Reset’ tentent, maladroitement, de donner un os à ronger aux "puristes" des débuts, le producteur ne convainc pas et délivre des titres dispensables, qui semblent avoir été posés là dans l’optique de donner une épaisseur et une âme à l’album plus que pour réellement satisfaire l’auditeur (‘Hyperion’, ‘Ever Now’, ‘Memora’, ‘Humanity Gone’).

Avec ce second album, Gesaffelstein a décidé de prendre le large, de quitter son port d’attache pour des contrées nouvelles. Malheureusement, il semblerait que le Français se soit perdu en mer ou échoué sur l'île des célébrités mainstream, malgré la présence sur l'un des titres de son capitaine de coeur The Hacker, avec qui il a fait ses débuts sur le label Zone dédié à la Techno la plus... Pure...  

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