Interview : Naeleck | DJMAG France - Suisse - Belgique

Entrée dans le Top100DJs, reprise de ‘Creep’ et nouveau clip pour son single ‘Final Boss’, rencontre avec l’un des personnages les plus singuliers de la scène électronique française.

Si son nom n’est pas des plus familiers de ce côté du globe, depuis quelques années Naeleck s’impose comme l’un des artistes les plus en vue du circuit asiatique. Installé au Japon, le Français y développe une musique à la croisée des genres (oscillant entre EDM, bass music, hardstyle, etc.) et nourrit d’influences piochées du côté du jeu vidéo et des mangas. C’est d’ailleurs cet univers bien singulier que l’on retrouve au cœur de son nouveau clip ‘Final Boss’ dévoilé aujourd’hui. Imaginé avec l’aide de l’Australien Sam Green, ce clip tout en animation nous plonge ainsi dans un monde truffé de références à la sphère vidéoludique. A l’occasion de la sortie de cette vidéo, également accompagnée par un remix du titre original signé Modestep, Naeleck revient pour nous sur son année écoulée, son entrée dans le Top100DJs et ses nombreux projets à venir.

Nous t'avions rencontré il y a quasiment tout juste un an. Que s’est-il passé pour toi depuis l’année dernière ?

J’ai beaucoup travaillé sur mes deux labels. Avant les deux se ressemblaient un petit peu et là j’ai pris le temps de vraiment les séparer. J’ai un A&R différent pour chaque structure avec Den Haku Records qui est devenu un label beaucoup plus house/tech-house tandis que Dancing Dead s’oriente bass music/EDM. J’ai également passé beaucoup de temps sur mon propre projet en sortant pas mal de titres originaux ainsi que des remixes d’opening d’animés pour Sony Japon.

Entre temps, tu es également enfin entré dans le Top100DJs. Qu’as-tu ressenti au moment d’apprendre la nouvelle ?

C’est vraiment super ! Après ça reste un classement de popularité à un moment donné et il y a des DJs qui ne sont pas dans le Top100DJs alors que ce sont mes idoles et que je les trouve beaucoup plus doués que moi. Mais évidemment ça fait plaisir. D’autant plus que ça aide aussi pour le booking dans de nombreux pays. Cela m’a par exemple aidé à démarcher de nouveaux bookeurs en Asie, même si ça n’a pas encore débouché sur grand-chose de concret puisqu’ici tout reprend tout doucement. Le Japon vient à peine de rouvrir ses frontières, Taiwan est encore fermé, je devais aller en Chine en mars mais ça a été annulé parce qu’ils ont refermé. Donc ce n’est pas la meilleure année pour tout ça. Mais fort heureusement ces derniers mois j’ai pu tourner un petit peu aux Etats-Unis et en France.

Quel est maintenant ton objectif pour cette année ?

Faire mieux (rires). L’histoire de mon personnage est celle d’un DJ humain mort puis revenu à la vie avec comme but de devenir le meilleur DJ au monde. Donc lui a besoin d'être numéro 1 du classement un jour.

Lors de l’interview que tu nous as accordée l’année dernière, tu évoquais ton envie de développer d’avantage ta carrière en France. Où en est ce projet ?

Me développer davantage en France c’est toujours quelque chose que je veux faire parce que ça reste mon pays mais je vais aussi là où j’ai des opportunités. Et cette année j’en ai eu beaucoup aux Etats-Unis donc je me suis plus concentré sur ce marché. Mais je suis content d’avoir des titres qui marchent en France. L’année dernière je me suis par exemple lancé sur TikTok et comme j’étais en France au moment de la création de mon compte, l’application envoie mes TikTok en premier en France et ça me fait pas mal de vues ici.

En évoquant la France, on a parfois l’impression que de nombreux artistes français issus de la grande famille de la bass music connaissent plus de succès à l’étranger que dans leur propre pays. A un point où l’on peut même se demander si le fait de quitter la France n’est pas un passage obligé pour pouvoir développer sa carrière quand on fait ce genre de musique. Est-ce que c’est quelque chose que tu ressens ?

Je pense que le public est là. C’est marrant parce qu’il n’y a pas longtemps Bellorum faisait une story sur Instagram où il parlait de DJ Snake qui a réuni 60 000 personnes au Parc des Princes et où il disait qu’il y avait donc 60 000 personnes qui étaient présentes pour écouter de la bass music, de la trap et du dubstep. Donc le public est présent. Moi quand je jouais dans des festivals en Bretagne, parce que je connaissais quelques organisateurs, ils bookaient presque que de la techno et de la house. Mais il y avait toujours plus de gens qui étaient à sauter partout quand je jouais de la bass qu’après quand c’était un DJ techno qui me succédait. Il y a aussi le fait qu’il y a une grosse mode autour de la techno et que les organisateurs de soirées n’ont pas forcements les mêmes goûts que le public. De 2010 à 2013 quand j’ai commencé, j’ai beaucoup tourné en France. Je suis allé dans toutes les villes, tous les clubs. Après je suis parti au Japon et quand je suis revenu, tout le monde n’écoutait que de la techno et de la house. Mais en fait c’étaient surtout les organisateurs qui ne proposaient que ça à leur public. C’étaient les mêmes organisateurs qu’avant mais qui avaient évolué dans leurs goûts et qui se tournaient maintenant vers des choses plus calmes. Et comme c’est aussi eux qui ont une mainmise sur les festivals, les soirées, etc., ça a eu un impact sur ce qui est proposé.

Tu évoquais juste avant ton compte TikTok et le succès que tu connais sur cette plateforme. Est-ce qu’aujourd’hui TikTok est un paramètre que tu prends en compte au moment de faire ta musique ?

Quand je fais un morceau je ne pense pas à TikTok. Mais une fois qu’il est fini oui j’essaie de voir quelles 15 secondes de ce morceau pourrait coller à TikTok et ça partir de là j’essaie de trouver quelque chose qui pourrait marcher sur la plateforme. J’ai 400 000 followers, des vidéos qui ont plusieurs millions de vues mais je n’ai rien qui est viral. 4 millions de vues sur TikTok ça ne représente pas grand-chose, c’est bien mais ce n’est pas un succès. Ce qu’il faut c’est cette viralité et quand un morceau part c’est impressionnant. J’ai un artiste de mon label, le producteur BYOR, qui a sorti une reprise d’un titre d’Akon en mode house avec Imanbek. Le morceau est devenu viral sur TikTok est aujourd’hui il est à un million d’écoutes journalières sur Spotify. C’est juste dommage que le son ne soit pas sorti sur mon label (rires). Mais si on regarde tous les plus gros sons EDM du moment, les Acraze etc., ce sont tous des sons qui ont explosé sur TikTok.

Est-ce qu’il y a une recette TikTok ?

J’essaie de faire des choses mais il faut que derrière les gens continuent de les utiliser. Il faut la chance qu’une personne aime bien le son, fasse une bonne chorégraphie dessus, etc., etc. Après dans le cas de BYOR par exemple c’était un peu plus calculé. Le titre original d’Akon s’appelait ‘Bananza’ et il commençait à exploser sur TikTok. Sauf que sur TikTok, il était nommé ‘Belly Dancer’. Donc après les gens allaient sur Spotify, tapaient ‘Belly Dancer’ et il n’y avait pas de résultat. L’équipe d’Akon a rajouté à la fin du son entre parenthèse le ‘Belly Dancer’ mais entre temps BYOR et Imanbek sont arrivés avec un son qui s’appelle que ‘Belly Dancer’ et ils se sont placés numéro 1 dans les résultats des recherches.

Toi qui a un univers très inspiré par les jeux vidéo, est-ce que tu n’as jamais eu envie d’alle plus loin en composant de la musique pour des jeux ou même en créant ton propre jeu ?

Evidemment c’est quelque chose qui me passionne et j’ai plusieurs sons passés et à venir qui sont inspirés par le retrogaming – tout comme mon personnage d’ailleurs. Et on a déjà commencé un petit peu à travailler sur un jeu vidéo mais ça prend du temps. Entre mes labels, mon projet perso, les tournées, etc., ce n’est pas toujours facile mais oui c’est quelque chose qui m’intéresse.

Ces derniers temps on a vu de nombreux artistes de musique électronique profiter de nouveaux outils comme les NFT ou le metaverse pour justement allier leur passion pour les jeux vidéo à leur carrière musicale. Est-ce que toi c’est quelque chose qui pourrait t’intéresser ?

Je suis à un stade entre les deux. A un moment tout le monde me parlait des NFT et essayait de me lancer sur ça mais quand j’ai commencé à me renseigner, je trouve qu’il y a quand même beaucoup d’arnaques et je ne vois pas encore la finalité. Il y en a peut-être une, c’est encore une toute une nouvelle technologie, mais pour le moment comme les gens ne la comprennent pas trop ils dépensent de l’argent sans trop savoir ce qu’ils font vraiment. Je ne suis pas encore convaincu.

Tu as sorti récemment une réinterprétation électronique du tube ‘Creep’ de Radiohead. Comment est né ce morceau ?

En fait c’est l’un des morceaux préférés de ma copine. Elle l’écoute très souvent et écoute aussi pas mal de reprises du titre. C’est elle qui a trouvé la chanteuse Haley Reinhart sur Youtube et qui m’a fait écouter son travail. J’ai trouvé que sa voix était vraiment bien et je l’ai contactée pour savoir si elle était intéressée pour en faire cette version électro/club. Elle a accroché à l’idée, j’ai créé le morceau en instrumental et elle a posé sa voix dessus en février dernier quand j’étais à Los Angeles.

‘Creep’ fait partie de ces titres culte que tout le monde connait. Comment justement on arrive à se détacher de l’original pour en proposer sa propre relecture ?

Sur le côté instrumental je suis parti sur quelque chose de très différent, tout en essayant de garder des breaks très mélodiques. Et pour la partie vocale, comme Haley avait déjà fait une reprise de ‘Creep’ mais pas du tout dans le même genre, je savais qu’elle allait tout tuer et je ne m’inquiétais pas trop.

Tu t’apprêtes également à lancer un side-project orienté hardstyle. D’où t’es venue cette idée ?

Je joue beaucoup de hardstyle dans mes sets. Je commence souvent vers 128, 130 BPM avec de l’électro et je finis à 150 BPM soit en hardstyle soit en dubstep selon les endroits où je suis. Aux Etats-Unis c’est plus dubstep, en Asie plus hardstyle. J’avais déjà créé un son hardstyle l’année dernière, ‘Neo Tokyo’, qui avait pas mal fonctionné mais il y a aussi pas mal de gens qui écoutent mes autres sons et qui ne sont pas fans de ce style particulier. Moi je voulais en faire plus parce que j’aime beaucoup ça et je me suis donc dit qu’un side-project serait mieux. C’est aussi plus intéressant pour les booking parce que souvent les bookers hardstyle préfèrent avoir des artistes pur hardstyle et pas quelqu’un qui fait juste un ou deux sons.

Est-ce que tu as déjà le nom de ce nouvel alias ?

Oui ce sera NLCK. L’idée c’est vraiment de créer une séparation pour Spotify, les bookings, etc. mais sinon ce sera le même branding. NLCK c’est Naeleck en mode 2045 et en plus cyberpunk, j’utiliserai le même masque en mode plus futuriste et ce sera vraiment la continuité de mon histoire.

Quelle est la suite pour toi maintenant ?

Je viens de sortir aujourd’hui un clip pour mon morceau ‘Final Boss’ qui est un son électro retro-gaming et j’en ai aussi un qui arrive pour le titre ‘Dark Is All I See’ que j’ai fait avec le rappeur canadien Wasiu. Les deux clips sont en mode animé/jeu vidéo et ils sont 100% en animation. Pour le projet hardstyle j’ai déjà cinq morceaux de prêt, j’attends juste d’avoir le branding à un état un peu plus avancé. Et puis je veux aussi voir sur quels labels les signer parce que pour entrer directement dans ce monde je me suis dit que ce serait mieux de signer sur des labels hardstyle. Donc je pense en placer un ou deux sur Dirty Workz et des labels déjà établis plutôt que sur mes propres labels.

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