Au closing de l’Ultra, passation de pouvoir entre underground et EDM | DJMAG France - Suisse - Belgique

Cette nuit, la future rave de David Guetta et le comeback techno épique d’Hardwell ont fait trembler la mainstage de l’Ultra, traditionnellement dominée par l’EDM.

Ce dimanche soir, l’atmosphère est électrique à l’Ultra Music Festival. Alors qu’Adam Beyer s’apprête à donner les platines de la scène Resistance à Carl Cox pour son troisième et dernier closing du week-end, Armin van Buuren quitte quant à lui la mainstage sous les applaudissements du public. Un peu avant 20h, c’est au tour de David Guetta d’entrer en scène, trois ans après son dernier passage à Bayfront Park. Durant ce laps de temps, le Français a plongé à corps perdu dans le mouvement Future Rave, aux côtés du danois Morten. Les deux producteurs devaient d’ailleurs profiter de la Miami Music Week pour présenter leur tout premier show à quatre mains, annulé à la dernière minute à cause du couvre-feu imposé dans une partie de la ville suite à plusieurs fusillades… Si l’on pouvait penser que David Guetta aurait réservé ses plus belles munitions Future Rave lors de cette soirée, avant de revenir vers des sonorités plus consensuelles à l’Ultra, le DJ a largement déjoué nos pronostics. De l’intro - son remix de ‘Titanium’, dont les paroles sont reprises en choeur par le public- jusqu’à la fin du set 1h20 plus tard, c’est un déluge de tracks issues de la mouvance Future Rave qui s’abat sur le public. A peine 15 minutes après le début du show, le Français invite son collègue Morten sur scène le temps de balancer ‘Detroit 3.AM’ puis continu d’enchaîner les titres aux accents underground à un rythme soutenu. Seuls les acapella de certains de ses classiques, distillés avec parcimonie, viennent rappeler le hitmaker David Guetta à notre bon souvenir. Au bout d’un peu plus de 30min, le n°1 du Top100DJs créé la surprise en invitant le rappeur Kodak Black sur scène pour interpréter un nouveau titre, annoncé au public comme le premier d’un genre nouveau : la street-house. Le DJ continue ensuite de faire marcher son rouleau compresseur Future Rave sur le public de l’Ultra, n’offrant qu’une courte respiration en invitant Joel Corry sur scène le temps d’un remix inédit du tout neuf ‘What Would You Do’.

Si la Future Rave est désormais bien identifiée et que son potentiel en festival n’est plus à démontrer, ce set quasi exclusivement consacré à ce style n’en est pas moins une prise de risque importante de la part de David Guetta. Encore très porté sur l’EDM, le public américain, et en particulier celui de la mainstage de l’Ultra, n’est pas nécessairement familier des influences techno et rave qui inondent le set du français. A plusieurs reprise d’ailleurs, celui-ci prend le micro afin de finir de convaincre les festivaliers. ‘Le soleil se couche, il est temps de partir sur quelque chose de plus deep. Si vous aimez la musique électronique, levez les mains en l’air’, exulte-t-il après dix minutes de set tout en balançant un nouvel ID plus techno que les précédents, ou encore ‘This is the future’, en présentant un autre featuring inédit en duo Morten. David Guetta clôture son set une heure plus tard avec l’un de ses titres les plus dark et deep produits depuis son tournant Future Rave, le récent ‘Alive Again’. L’air de rien, le Français vient de jouer une heure de musique underground à un public plus habitué à scander ses hymnes les plus fédérateurs... 

Après une courte pause, le temps pour Ultra de teaser la venue de la Swedish House Mafia l’an prochain, les lumières s’éteignent pour laisser place au show le plus attendu du festival, et dont le nom de l'artiste jusque là caché ne laisse que peu de mystère : Hardwell. Le boss de Revealed Recordings, en pause depuis bientôt 4 ans, fait à Miami son grand retour sur scène, en clôture du festival. Un événement qui a alimenté bon nombre de spéculations ces dernières semaines et fait parler toute la sphère EDM. S’il était évident que le Hollandais ne reprendrait pas l’histoire où il l’avait laissée, rien ne laissait présager un virage aussi brutal. Figure de la Big Room, Hardwell a signé hier soir un retour sans concession, empruntant  à la Future Rave avant de monter crescendo dans une techno hargneuse et grandiloquente, parfaitement adaptée à des scènes d’envergure. Composé exclusivement de nouvelles musiques, presque sans acapella, le set 2022 de Hardwell restera dans les annales du festival, qui a rarement connu un show aussi sombre et violent sur sa mainstage, encore moins par l’une des têtes d’affiche lors du closing. 

Si les USA, et en particulier l’Ultra, restent des bastions de l’EDM, voir deux des principaux artisans de l’avènement de ce courant concrétiser ce virage à 180° dans un lieu aussi symbolique que la mainstage de l’UMF n’est pas anodin. L’aura de David Guetta et de Hardwell auprès du public mais aussi de leurs pairs n’est plus à prouver, et les voir assumer sans complexe leur désir d’émancipation ne manquera pas d’inspirer de nombreux DJs du circuit, des newcomers aux headliners, et de continuer à populariser des musiques underground de plus en plus plébiscitées à l’international. Il y a fort à parier que cette soirée restera comme un moment important dans l’évolution des musiques électroniques au cours des années à venir.

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