Focus : Onelight | DJMAG France - Suisse - Belgique

Coup de projecteur sur le DJ et producteur français qui fusionne musique électronique et R’n’B.

A l’image de ses modèles Jimmy Edgar et Machinedrum, la musique de Onelight est faite d’hybridations. Le Français passé par le label Musique Large et les ondes de Rinse FR navigue entre les styles pour mieux insuffler dans ses productions les nombreuses influences qui ont jalonné son parcours d’auditeur. Si son premier album ‘Vanderlay’ tenait ainsi le grand écart entre le funk des années 80 et une musique électronique bien plus contemporaine, son second long-format ‘Emporium’ sorti l’année dernière s’aventurait quant à lui du côté d’une étonnante alliance entre R’n’B futuriste et club music. A l’occasion de la sortie d’un EP de remixes de son titre 'Hold Me', Onelight revient pour nous sur ses références, son rapport à la musique et ses projets à venir pour 2022.

Quand on regarde ton parcours, on peut constater que tu t'es essayé à pas mal de choses. Tu as notamment été web-journaliste, tu es DJ depuis pas mal de temps et enfin tu es également désormais producteur. Comment justement tu es passé des platines à la production ?

J'ai effectivement touché à pas mal de domaines dans la musique car ma passion est débordante depuis l'adolescence. J'ai toujours été attiré par la création, que cela soit avec des mots, un mix de morceaux ou de la composition. Après plusieurs années à assurer des DJ-sets aux côtés d'artistes que j'admire, j'ai eu envie d'aller plus loin dans le processus de création sonore. J'ai mis du temps à avoir une idée claire de ce que je voulais explorer et proposer. Car je pense que sans idée, même avec le matériel le plus sophistiqué du monde, on ne peut rien faire d'intéressant. Puis j'ai eu un déclic lors d'un voyage en train Nice-Paris, j'avais du funk 80's dans les oreilles face au bord de mer et mes premières idées précises de morceaux me sont venues pour m'y mettre pour de bon.

Tu fais une musique au croisement de nombreuses influences, que ce soit la musique électronique, le R&B, le funk, le rap, etc. Quelles étaient tes influences au moment de te lancer dans la musique ?

Elles sont vraiment nombreuses. Comme me l'a souvent rappelé mon grand frère, les musiques nouvelles sont excitantes mais il faut toujours en explorer les influences. Donc ce fut un mélange de contemporain et d'ancien. J'ai été très marqué par la musique hybride de Jimmy Edgar (son EP ‘Bounce Make Model’) et Machinedrum, qui ont cette extraordinaire habilité à mélanger les genres en toute fluidité, encore plus avec leur duo JETS. Ce sont eux qui m'ont inspiré en premier lieu. Impossible de ne pas citer la scène de Glasgow ensuite (Hudson Mohawke, Rustie, Sophie et Redinho pour ne citer qu'eux) et ses sonorités maximalistes qui continuent d'influencer mes productions encore aujourd'hui. J Dilla qui lui m'a sacrément retourné la tête dans mon adolescence, et m'a aussi beaucoup marqué dans sa faculté à varier ses productions (sur ‘Welcome 2 Detroit’ notamment) et je pense que je l'aurais toujours en tête. Ensuite, il y a bien évidement le R'n'B des Neptunes, Timbaland et autres Jermaine Dupri, dont les productions m'ont rapidement fait prendre conscience que le R'n'B et la musique électronique étaient étroitement liées. En remontant plus loin mais dans le même esprit, le funk 80s outrageusement sexué de Jimmy Jam & Terry Lewis, Prince et Kashif qui fait office de base à pas mal d'artistes cités plus haut aussi. Et, pour finir, impossible de ne pas citer David Bowie, où l'Artiste ultime en matière de mélange des genres et de perpétuelle réinvention. Chacune de ses décennies artistiques me passionnent et m'inspirent durablement.

À quoi ressemblaient les tous premiers morceaux que tu as composés ?

Il se trouve que les deux premiers morceaux que j'ai faits sont les deux premiers morceaux qui sont sortis via le label Musique Large. À savoir un titre club, ‘Tuggspeedman’ et un slow jam, ‘Turquoi$e’. Toutes deux influencées à la fois par le son 80s et des références plus contemporaines.

Est-ce que tu as eu un moment déclic où tu t'es dit, « OK là c'est bon maintenant je suis un 'vrai’ artiste » ?

C'est une très bonne question. Je pense que j'ai eu un déclic quand ma mère m'a dit récemment que j'en étais un. Je n'avais jamais osé me le dire avant. Le fait d'être autodidacte donne pas mal de complexes à ce niveau-là, surtout lorsqu'on travaille en parallèle et qu'on ne peut pas se permettre de faire de la musique à temps plein.

Quand on a une musique avec autant d'influences éclectiques, est-ce que à un moment tu t'es posé la question de la définition de ta musique ? Que ce soit dans la façon de la concevoir mais aussi après dans la façon de la présenter au public ?

Oui bien sûr, dès la première seconde. Je me suis dit que cela n'allait pas être facile à faire d'une part. Pour donner une homogénéité à des productions variées, j'ai d'ailleurs mis une signature sonore dans la rythmique de tous mes morceaux pour qu'on puisse y entendre une continuité. Pour la petite anecdote, il s'agit d'un son métallique enregistré avec les nombreux bijoux que je porte au quotidien. D'autre part, je savais que cela n'allait pas être facile à vendre non plus. D'ailleurs j'ai toujours du mal à mettre un terme unique dessus. Mais en même temps, c'est ça que j'aime dans la musique des artistes qui m'inspirent. Et c'est surtout un aspect qui me définit profondément. Donc au final c'est une possible faiblesse, mais je crois bien que cela fait ma force.

En parlant de public, on sent dans ta musique des références qui sont clairement marquées par la musique nord-américaine et des références qui ne sont pas forcément partagées ou comprises par une partie du public en France. Comment toi en tant qu'artiste français tu te places par rapport à ça ? Est-ce que c'est quelque chose que tu ressens aussi ?

Je suis d'accord. Une certaine partie du public français n'est probablement pas celle qui va écouter massivement ce genre de références, pour diverses raisons. Principalement parce qu'elles ne sont pas suffisamment mises en avant par les différents gros médias et par les algorithmes des différentes plateformes. Aussi parce que le public français n'est pas forcément visé en priorité par ces artistes là non plus. Pour moi ce n'est pas un problème majeur dans la mesure où je ne fais pas du marché français ma cible unique (tous mes guests chantent en anglais) et je pense que si l'exposition de ces musiques étaient différentes en France, beaucoup de gens l’aimeraient sans se poser de questions. Je crois sincèrement au pouvoir universel de la bonne musique. Cela prendra très sûrement plus de temps pour venir aux oreilles de tous dans l'hexagone, mais cela vaut la peine de continuer à le proposer, je pense. Cela dit, j'ai très envie de faire un morceau en français, chanté ou rappé. Ça serait justement très intéressant de ramener ces influences avec un chant francophone pour voir ce que ça donne.

Tu viens de sortir un EP de remixes de ton morceau 'Hold Me'. Est-ce que tu peux revenir sur la genèse de ce titre ?

Ce titre représente bien ma vision d'une musique R'n'B et Pop teintée d'influences électroniques. Je l'avais composé pour une chanteuse de mon ancien label en m'inspirant pas mal des prods de Sophie et AG Cook pour Charlie XCX ainsi que du travail de mon ami Robin Hannibal. La collaboration n'a pas abouti et j'ai décidé d'en faire le morceau principal de ce qui allait devenir mon deuxième album, ‘Emporium’. Il n'a ensuite pas été évident de trouver la bonne chanteuse. J'ai fait pas mal d'essais. Puis j'ai eu la chance de rencontrer June Fermie, la choriste du chanteur Benny Sings. Nous nous sommes vus à un concert parisien de ce dernier, avec qui j'avais collaboré aussi. Nous avons eu bon feeling et la magie a opéré très vite, même si nous avons fait ça à distance. C'est une chanteuse exceptionnelle. Elle sort d'ailleurs du conservatoire d'Amsterdam et ses prises de voix m'ont vraiment scotché. Le but était de faire une chanson d'amour sexy et accrocheuse. Je crois que nous avons plutôt bien réussi.

Comment s'est fait le choix des remixes pour cet EP ?

Ce projet a vu le jour sous l'impulsion de mon ami Walter Mecca, qui s'est proposé spontanément de me faire un remix. Je ne pouvais pas refuser, sachant à quel point j'aime sa musique depuis longtemps. J'ai voulu que le projet ait à la fois un côté très club, mais aussi pop et soul. J'ai tout de suite pensé à SHE Spells Doom dont j'adore les morceaux club, je les joue tout le temps en DJ-set. C'est aussi un ami, je l'avais rencontré via Teki Latex. Nous parlons souvent tard le soir de films d'horreur et du cinéma des années 80/90. Yanari m'est venu aussi en tête immédiatement. C'est un artiste hyper talentueux que j'ai découvert grâce à mon ami JC de Hotel Radio Paris. Sûrement un des artistes club qui m'a le plus excité récemment. Puis, pour finir, mon ingé son Tayreeb s'est proposé d'en faire un aussi. C'est probablement la personne la plus talentueuse que je connaisse et je n'avais même pas osé lui demander. Je suis très heureux qu'ils aient tous accepté.

Comment as-tu réagi en découvrant les remixes qui avaient été imaginés autour de ton morceau ?

J’ai laissé carte blanche aux remixeurs car je crois que c'est important. Je leur ai fait confiance à 100% et je ne pouvais pas espérer meilleur résultat. J'ai été hyper exalté et ça ressemble exactement à ce que je voulais. C'est un honneur pour moi d'avoir été remixé par des artistes aussi talentueux et singuliers. J'ai vraiment hâte de pouvoir les jouer en club.

Tu le disais, 'Hold Me' est extrait de ton album 'Emporium' sorti l'année dernière. Quel bilan tires-tu de ce disque et de sa réception ?

Entre le covid, les aléas et les doutes liés à cette période complexe, j'ai été hyper heureux et soulagé que le disque sorte, déjà. J'ai eu beaucoup de retours hyper positifs de la part des auditeurs et sur certains médias que j'ai toujours suivi. Je me suis senti hyper honoré et ça m'a vachement touché que les critiques aient exactement compris ma démarche. Le fait que le disque soit très varié et hors catégorie a rendu la tâche plus ardue sur les plateformes de streaming en revanche. À ce niveau-là je suis plus mitigé car il n'a pas forcément eu la visibilité qu'il mérite, mais je comprends la difficulté d'une telle entreprise et tout est encore possible. Dans l'ensemble ça m'a donné une sacrée impulsion et encore plus d'ambition pour créer la suite.

'Emporium' était déjà ton second album. Est-ce que c'est encore important pour toi de passer par cette case du format album ?

C'est encore une très bonne question. J'en discute régulièrement avec mon équipe. Je pense qu'aujourd'hui le format album n'est pas forcément le plus pertinent. Dans la mesure où c'est un travail énorme d'en réaliser un avec l'ambition qui est la mienne d'une part. D'autant plus que le temps manque parfois (car mon équipe et moi avons un boulot à côté). Et d'autre part car la manière dont les gens écoutent et (sur)consomment la musique aujourd'hui n'est plus forcément en phase avec ce format qui nécessite un investissement de temps et une attention certaine. Néanmoins, pour un artiste, ça me semble être une carte de visite incontournable pour présenter son univers.

Quelle est la suite pour toi cette année ?

Je vais m'orienter sur des formats plus courts à l'avenir. Mon prochain projet, qui s'appelle ‘Moreover’, aura cinq titres avec quatre guests extrêmement talentueux : Rockie Fresh, Yuneer Gainz, Kevin Hussein et Jay Cue. J'en suis hyper fier et je pense que c'est ce que j'ai fait de plus abouti. J'ai vraiment hâte de le faire écouter à tout le monde. Nous sommes en plein mix/mastering en ce moment avec mon équipe donc cela devrait sortir un peu plus tard cette année. J'ai également réalisé un remix pour un artiste hyper prometteur qui s'appelle Pab The Kid et qui devrait sortir bientôt.

Articles en relation

Commentaires