Focus : CRi | DJMAG France - Suisse - Belgique

Avec son premier album ‘Juvenile’ qui sort aujourd’hui chez Anjunadeep, le Québécois s’impose parmi les artistes les plus prometteurs du moment.

CRi est surement l’un des artistes les plus prometteurs de la scène électronique canadienne. Porté par des singles comme ‘Rush’ et ‘Don’t’, le producteur originaire de Montréal a déjà attiré l’attention des plus grands repéreurs de talent au monde (Pete Tong et Annie Mac en tête) et s’est invité sur la scène de festivals tels Osheaga ou Piknic Electronik. Celui qui n’était encore qu’un ‘simple’ livreur de pizzas il y a encore quelques années s‘est même offert en 2018 une première nomination aux Juno Award, l’équivalent canadien des Grammys. Continuant son ascension, CRi a rejoint depuis l’année dernière le prestigieux label britannique Anjunadeep (maison d’artistes comme Lane 8 ou Dusky). Et c’est donc chez cette institution des musiques électroniques qu’il présente aujourd’hui son premier album ‘Juvenile’. L’occasion pour le jeune artiste de démontrer toute l’étendue de son talent et d’affirmer les contours de son univers musical, à la croisé de Caribou, Moby ou Jacques Greene. Mais pour le Québécois, ‘Juvenile’ est aussi une étape clé de sa carrière qui devrait l’affirmer plus que jamais parmi les artistes à suivre dans cette décennie naissante.

Comment as-tu découvert la musique électronique ?

J'écoute de la musique électronique depuis que je suis tout petit. À l’âge de douze ans, j’écoutais du St Germain, Gorillaz et Moby en boucle. C’est vraiment autour du début de ma vingtaine que je me suis plongé dans le ‘style’ en découvrant des artistes comme Jamie XX, Caribou ou Jacques Greene. C’est l’ex-copain de ma sœur qui m’a vraiment initié à la musique électronique plus ‘underground’ comme Actress, Dark Sky ou Holy Other.

Quel a été ton déclic pour passer d'auditeur à producteur ?

Tout a commencé quand je faisais du rap avec mes amis autour de mes 16 ans, j’étais vraiment fasciné par le beatmaker de notre groupe. J’ai donc décidé de me lancer dans le ‘producing’ pour pouvoir chanter sur mes propres compositions, mais finalement je n’ai jamais vraiment chanté dessus. En 2011, j’ai découvert des artistes qui m’ont vraiment influencé musicalement et j’ai décidé de m’inspirer d’eux, parce que de toute manière mes ‘instrus’ ne cadrait déjà pas vraiment dans le hip-hop.

Quelles étaient tes influences ou tes références à tes débuts ?

J’en ai eu plusieurs mais je dirais que mes principales ont été et sont toujours, Caribou, Jamie XX, DJ Koze et Moby.

Comment s'est faite la rencontre avec Anjunadeep ?

Ça manque drôlement de poésie, mais c’est à travers mon manager Lucas Jacques. Il connaissait quelques personnes du label et il leur a envoyé ma musique. Et depuis ce temps on travaille ensemble ! J’adore mon équipe, ils sont vraiment super.

Tu sors aujourd’hui ton premier album 'Juvenile'. C’est important pour toi de passer par cette étape de l’album ?

Ça toujours été un rêve de sortir un album et je crois que c’est encore plus nécessaire qu’auparavant pour se distinguer et proposer quelque chose de plus complet et réfléchi. Les gens sont submergés par des singles sans démarche approfondi et sans univers clair. C’est sûr qu’au niveau ‘playlisting’ ce n’est peut-être pas la stratégie la plus efficace, mais je m’en fou, je crois beaucoup plus à l’effet organique et préfère ne pas dépendre des algorithmes. La musique c’est de l’art et l’album oblige à développer sa démarche artistique. C’est une étape hyper importante pour moi et j’ai l’impression d’avoir grandi beaucoup plus rapidement que si je m’étais limité à des formats plus courts.

Au moment de commencer à travailler sur 'Juvenile', est-ce que tu savais déjà ce que tu voulais faire et vers quoi tu voulais aller ?

Au tout début, je ne savais pas trop ce que je faisais. C’est la création de ‘Never Really Get There’ et de ‘Faces’ qui m’a permis de comprendre ce que j’avais entre les mains. Cette espèce de pop électronique enivrante et assez chargé qui s’inspire des années fin 90 début 2000. Plus j'ai accumulé les chansons, plus je savais ce que je faisais et tout devenait plus clair. L’aspect visuel aussi s’est révélé à travers le processus. J’ai vraiment écouté mon ‘instinct’ sans trop me questionner, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle mon album s’appelle ‘Juvenile’. C’est un moyen pour moi de faire l’éloge de cet état d’esprit léger et fonceur.

Est-ce que tu as vu une différence dans la manière dont tu travaillais ou abordais ta musique sur cet album, comparé à tes précédentes sorties ?

J’ai approché cet album avec une démarche un peu plus pop et dansante. Quand j’ai écrit l’album je pensais beaucoup à la performance en spectacle. Je voulais être en mesure de pouvoir les jouer et que les gens puissent plus facilement entrer dans mon univers. La création d’un album est une démarche beaucoup plus complète et approfondi. Auparavant, j’ai l’impression que je ne faisais qu’effleurer des idées. Pour ce projet, j’ai vraiment l’impression d’avoir été au bout de quelque chose. 

Sur cet album tu t'es entouré de collaborateurs exclusivement québécois. C'était important pour toi de donner à ta musique cet aspect très local, voir familial ?

Absolument, je voulais que mon album soit entièrement québécois autant au niveau des collaborateurs que des photographes, réalisateurs, etc. C’est une manière pour moi de représenter d’où je viens et de mettre en valeur les talents d’ici. Le Québec regorge de talents incroyables et je crois qu'on doit en être fier.

On parle souvent de la scène électronique de Montréal avec des artistes comme Kaytranada ou Jacques Greene. Est-ce que toi tu te sens faire partie de cette scène ?

Je crois que oui, parce que je viens de la même ville. Après, c’est dur pour moi de m'émanciper de ça et de pouvoir juger si oui ou non j’en fais partie. Je fais ma vie ici et tout ce que je crée ça commence à Montréal.

Qu'est-ce qui pour toi fait l'identité, la particularité, de cette scène musicale de Montréal ?

Je dirais que c’est une genre de mélancolie peut-être un peu nordique, mais très chaleureuse en même temps. Je crois que nous sommes particulièrement proches de nos émotions au Québec et que nous les assumons, donc forcément la musique est très chargée émotionnellement.

Sur ton album tu partages le morceau 'Signal' avec Daniel Bélanger, une référence de la chanson québécoise. Qu'est-ce que ça fait de travailler avec lui et comment s'est faite la rencontre entre vous deux ?

C’est une immense fierté et un accomplissement personnel sans précédent. Je suis vraiment sensible par rapport à cette chanson, elle a une résonance très importante pour moi. Il y a quelques temps, j’ai repris sa pièce ’Fou n’importe où’ avec Charlotte Cardin. Sans grand espoir d’un retour, j’ai décidé d’écrire à Daniel pour lui souligner le fait que j’aimerais qu’on collabore. Il m’a répondu dans l’heure qui suivait l’envoi, un mot d’une belle simplicité : « je n’en penses que du bien ». On s’est donc rencontré au Caffé Italia sur Saint-Laurent, j’étais hyper stressé. Finalement, tout s’est déroulé naturellement, c‘était comme si on se connaissait depuis toujours.

'Juvenile' marque à la fois la fin d'une période et le début d'un nouveau chapitre de ta carrière. Est-ce que tu sais déjà quelle sera la suite pour toi et vers quoi tu as envie d'aller ?

J’ai pleins de projets dans l'incubateur, des collaborations, de la recherche, mais je ne peux pas trop en parler ! Je sais déjà où je m’en vais pour les deux prochaines années, c’est sûr qu’un autre album est en création, mais c’est tout ce que je peux dire !

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