Clubs fermés : la France est-elle un cas isolé ? | DJMAG France - Suisse - Belgique

La France applique-t-elle une politique plus stricte que ses voisins européens en matière de clubbing face au virus Covid-19 ? Tour d'horizon complet !

Alors que la colère ne cesse de monter en France suite à la décision du gouvernement de ne pas inclure les clubs et discothèques dans sa troisième phase d’assouplissement Covid-19 - et ce encore plus depuis les images controversées de la Fête de la Musique -, nous avons enquêté afin de dresser un état des lieux de la situation actuelle dans les autres pays européens. Ce jeudi 25 juin, les sénateurs et députés devront voter sur la fin de l’état d’urgence sanitaire du 10 juillet et se prononcer sur les récentes mesures d’assouplissement dévoilées par le cabinet du Premier Ministre le 20 juin. L’exclusion de certains secteurs d’activité - dont les clubs et discothèques - pourrait ainsi être amendée au titre du principe d’égalité entre les différents lieux recevant du public. Ce qui ouvrirait peut-être la porte à une reprise d’activité avant Septembre. Le même jour, jeudi 25 juin, une réunion inter-ministérielle se tiendra également pour évoquer la mise en place d’un nouveau fonds d’urgence pour les discothèques, ainsi que leur éventuelle extension (provisoire) en tant que débit de boisson afin d’accélérer leur reprise d’activité… D’ici là, vous allez vite vous en rendre compte, la France est loin d’être une exception à l’échelle européenne !

Cet article reflète la situation en date du 23 juin 2020. Cela évoluant au jour le jour dans chaque pays, nous mettrons à jour cet article au gré des annonces, pays par pays.


BELGIQUE

Nos voisins belges ont eux aussi connu quelques débordements à l’occasion de la fête de la musique, avec plusieurs sound-systems « sauvages » ici et là. Les clubs et discothèques belges ne sont pas autorisés à rouvrir cet été. Fryderyk de Peslin Lachert, qui regroupe de nombreux professionnels au sein d’un collectif en lien avec les instances nationales, nous a indiqué que la situation était grave pour les établissements belges, malgré les aides financières qui ont été versées (entre 5000 et 20000€ d’aide pour chaque établissement, selon la province) en complément d’un dispositif de chômage partiel d’ores et déjà prolongé jusqu’à décembre inclus. Certaines villes, comme Mons, à la frontière française, ont débloqué une aide d’urgence supplémentaire de 7500€ par établissement. Mais, comme en France, ce qui frustre le plus les professionnels, c’est le manque de visibilité. Contrairement à leurs voisins français, les clubs belges ne demandent pas forcément une réouverture immédiate car leur activité reste limitée pendant les mois de juillet et août. Ils font donc pression pour obtenir une réouverture début septembre, avec l’application d’un protocole sanitaire progressif, avec une capacité d’accueil qui grossirait par palier : 50%, puis 80% et 100% si tout se passe bien. D’ici là, Fryderyk de Peslin Lachert nous indique faire pression pour que les événements open-air soient autorisés rapidement : « Il faut vite encadrer légalement les événements en plein air, avec un rôle de prévention et de mise en sécurité pour les organisateurs. Cela permettra d’éviter les débordements, inévitables avec l’arrivée des beaux jours et les vacances. » nous confie-t-il.

La distanciation sociale reste l'ennemi principal. Michael, Londres

ROYAUME-UNI

Confinée plus tardivement que nous, la Grande-Bretagne a pris quelques semaines de retard dans sa politique de déconfinement. Le premier ministre Boris Johnson a annoncé ce mardi 23 juin que les pubs, les hôtels, les restaurants, les campings, les théâtres, cinémas, musées et les salles de spectacle pourraient rouvrir à partir du 4 juillet. Pour ces dernières, aucun concert « Live » ne sera pourtant autorisé. Les discothèques, clubs, bowlings et autres casinos resteront fermés jusqu’à nouvel ordre, sans qu’aucune date ne soit communiquée. Nous avons interrogé Michael Kill, qui préside la NITA (Night Time Industries Association). Il s’alarme sur l’avenir de la scène club britannique : « La distanciation sociale reste l’ennemi principal pour ré-engager toute activité dans notre secteur. Il y a beaucoup d’incertitude quant à l’avenir de notre scène club, avec aucune date donnée et un plan d’aide financier spécifique qui se fait toujours attendre. A défaut, de nombreux établissements déposeront le bilan d’ici peu et des milliers d’emplois seront perdus. » Réduite à 1m entre deux personnes (au lieu de 2m jusque là), la nouvelle règle de distanciation sociale condamne encore beaucoup d’établissements britanniques à patienter, sans perspective claire ni plan d’urgence financier spécifique.

Organiser une fête sans autoriser les gens à danser, ce n'est pas possible ! Sergio, Barcelone

ESPAGNE

De l’aveu même de nos interlocuteurs, la situation en Espagne est très instable, avec des mesures qui peuvent varier d’un jour à l’autre. La semaine dernière, certains clubs d’Ibiza comme le Hï Club et l’Ushuaia annonçaient qu’ils resteraient fermés tout l’été. Le gouvernement local qui gère les Îles Baléares a récemment annoncé que les célèbres Boat Parties au départ d’Ibiza sont elles aussi interdites jusqu’à nouvel ordre. Toute la péninsule ibérique n’est pas logée à la même enseigne, chaque province (Catalogne, Andalousie, Communauté de Valence, pays basque…) pouvant appliquer des décisions différentes. Mais globalement, le cadre légal ne varie pas beaucoup. Nous avons donc demandé plus d’informations à Sergio Gonzalez, promoteur à Barcelone. Il nous a indiqué que les clubs pouvaient ouvrir, mais qu’ils devaient privilégier les tables et les chaises. En effet, aussi incroyable que cela puisse paraître, le gouvernement espagnol interdit la danse et toute exploitation des dancefloors. Par conséquent, beaucoup de clubs n’adhèrent pas à ces mesures. « Organiser une fête sans autoriser les gens à danser, ce n’est pas possible » nous dit Sergio. Kurro, basé à Malaga, nous explique qu’à partir de ce vendredi 26 juin, les clubs de moins de 300 personnes peuvent ouvrir mais sont contraints de se limiter à 40% de remplissage, tout en respectant les consignes évoquées précédemment (dont l’interdiction de danser). Ce qui, évidemment, n’incite pas les patrons de clubs à ouvrir leurs portes. Car concrètement, cela les invite à travailler pour uniquement « servir à boire » à moins de 150 personnes, interdites de danser. Beaucoup attendent d’avoir le droit d’accueillir au moins 2/3 de leur capacité avant de reprendre un semblant d’activité.

CROATIE 

On a pu lire à droite à gauche que les fêtards français allaient tous partir en Croatie cet été… Qu’en est-il vraiment ? Nous avons posé la question à l’équipe du Papaya, le club croate le mieux classé au Top100Clubs. Le gouvernement croate a autorisé la réouverture des clubs dès la fin Mai, mais avec de très petites jauges et l’application des gestes barrière. À partir du 1er juillet, les clubs croates vont pouvoir reprendre leur activité, avec une capacité d’accueil maximale de 1000 personne pour les fêtes en plein air, et 350 personnes pour les clubs fermés (indoor). Par conséquent, le Papaya, situé à Zrce Beach, débutera sa saison le 4 juillet et sera ouvert chaque jour, de 15h à 20h en mode Pool Party et de 23h à 5h pour la partie nuit. En revanche, aucun gros artiste international ne sera présent cette saison, le club a décidé de privilégier les DJs locaux et quelques guests en fonction des possibilités logistiques. « Nous sommes heureux de pouvoir exploiter notre main stage et notre pool party stage de manière normale dès le début du mois de juillet » nous a ainsi confié Sinisa, le directeur artistique de l’établissement. 

 

ITALIE

À l’image de ce qui se fait en Espagne, il existe quelques nuances entre chaque province italienne dans l’application de la politique sanitaire. Certaines régions ont ainsi autorisé la réouverture des établissements dès le 15 juin, à l’image de la Sicile, quand d’autres ont opté pour la date du 14 juillet, comme la région de Turin (Piémont) durement touchée par le virus. Pour les clubs qui ont fait le choix de rouvrir, la distanciation sociale est en vigueur, avec 2 mètres exigés entre chaque personne sur le dancefloor. Le protocole sanitaire est très contraignant, la capacité d’accueil est bridée, ce qui n’incite pas les patrons à rouvrir leurs portes. En Italie, les concerts et spectacles sont d’ores et déjà tous repoussés à 2021.

Ça prendra deux ou trois ans, mais on s'en remettra. (Barney, Berlin)

ALLEMAGNE

Souvent cité comme pays modèle dans sa gestion de crise, nos voisins allemands n’offrent pas pour autant plus de flexibilité à leurs clubs et discothèques. Le pays n’autorise toujours pas une reprise d’activité, même si certains clubs ont transformé leur patio et terrasses extérieures en bar à bière. Mondialement connue pour sa scène club, la ville de Berlin et ses 120 établissements référencés sera très loin de générer les quelques 170 millions d’euros de chiffre d’affaires habituels durant l’été. Là aussi, il est strictement interdit de danser. La distanciation sociale (1,5m entre chaque personne) et le masque restent partout en vigueur. La ville de Berlin a débloqué un fond d’urgence de 30 millions d’euros pour venir en aide à ses clubs et autres structures culturelles, mais Lutz Leichsenring, à la tête de la Clubcommission de Berlin estime qu’il faudrait 10 millions d’euros d’aide par mois pour préserver les 9000 emplois et éviter les faillites en cascade. A l’échelle du pays, un plan culture d’1 milliard d’euros a été voté et les initiatives d’appel aux dons se multiplient, à l’image du Club der Visionaere qui a besoin de 50000 euros pour sa survie immédiate. L’initiative United We Stream a aussi contribué à récolter des fonds, mais la moitié des établissements berlinois songe déjà à déposer le bilan, car privé de ses 60% de touristes habituels sur juillet et août. Malgré tout, Barney Millah, résident du YAAM depuis 25 ans, se veut optimiste : « Ça prendra deux ou trois ans, mais on s’en remettra. C’est toujours comme ça à Berlin, on se relève toujours des pires situations. »

PAYS-BAS

Les 3 & 4 juillet, les premières réouvertures de club auront lieu aux Pays-Bas. Des événements spéciaux ont vu le jour sur Facebook, notamment à l’origine du De Marktkantine à Amsterdam. Ce dernier organise sur deux jours un spectacle intitulé De Grote Kleine Clubshow, avec Colyn et Oliver Weiter aux platines. Organisé comme des séances de cabaret, le week-end affiche déjà sold-out, malgré une segmentation en quatre tranches horaires (18h, 20h, 22h et minuit). Et pourtant, la proposition est loin d’être glamour, avec une interdiction de danser et des petits groupes de clients rassemblés autour de quelques tables. La réservation est évidemment obligatoire. La capacité d’accueil est réduite à 100 visiteurs simultanés, avec un sens de circulation et une désinfection obligatoire des mains pour chaque participant. Comme partout ailleurs dans le pays, la distance d’1,5m entre chaque personne est en vigueur. Une mesure qui est très bien respectée par la population, qui risque jusqu’à 390€ d’amende en cas d’infraction. "On est donc très loin de l’ambiance si chaleureuse des clubs hollandais" nous confirme Robert, à la tête de l'agence Gem Bookings. L’échéance du 1er Septembre a été donnée aux professionnels pour une reprise d’activité plus normale. D’ici là, on ne sait toujours pas ce qu’il adviendra de la 25ème édition de l’Amsterdam Dance Event (qui doit se dérouler du 21 au 25 octobre).

SUISSE 

La Suisse est l'une des rares exceptions à l'échelle européenne ! Depuis une dizaine de jours, les clubs suisses peuvent à nouveau accueillir du public, à condition qu’ils se limitent à la moitié de leur capacité d’accueil. Aucune distanciation sociale n’est imposée sur le dancefloor, tout comme le masque n’est pas obligatoire. Le Mad et le D-Club à Lausanne ont ainsi pu reprendre du service, avec déjà quelques artistes de stature internationale derrière les platines. Luciano a ainsi pu mixer devant 300 personnes « comme si de rien n’était », comme en atteste la vidéo ci-dessous. Il est toutefois demandé aux établissements de privilégier les préventes aux ventes de tickets sur place afin de tracer les clients, qui doivent également tous consentir à accepter d’être « identifiables » pendant les 15 jours qui suivent la soirée.

Le 25 juin 2020, le gouvernement suisse a voté l'augmentation de la capacité max d'accueil à 1000 personnes.

 

 

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