Focus : Holow | DJMAG France - Suisse - Belgique

A l’occasion de la sortie du très estival ‘Something to Say’, coup de projecteur sur un jeune producteur français qui pourrait bien faire parler de lui dans les mois à venir.

Sa discrétion pourrait bien être égale à son talent. Car si le jeune Holow cultive le goût du mystère autour de sa personne, il a tout pour devenir l’un des prochains espoirs de la scène électronique française. Repéré l’année dernière avec l’excellent ‘She Said’ sorti chez Sidekick Music, ce producteur encore inconnu du grand public développe une musique qui puise aussi bien dans l’héritage de la French Touch que du côté d’artistes britanniques comme Disclosure ou Mura Masa. Mais derrière les références identifiées, il serait pour autant bien difficile de lui coller une étiquette. Car tout en conservant sa patte, Holow aime explorer et se réinvente au fil de ses sorties. Le voici justement qui présente aujourd’hui un nouveau single ‘Something to Say’ qui a tout du hit estival. L’occasion idéale pour tenter de mieux connaitre cet artiste en plein devenir.

Il y a encore beaucoup de mystères qui entourent ta personne. Peux-tu te présenter brièvement pour nos lecteurs ?

Dans la vraie vie, je suis Arthur, 20 ans. Mais le mystère est volontaire. J’ai mis beaucoup de temps à oser partager ma musique car je trouvais que ma proposition artistique était moyenne. Je suis loin d’être timide, mais je pense tout simplement que ma personne s’exprime mieux si elle en donne peu. C’est déjà dur de faire de la bonne musique !

Comment as-tu découvert la musique électronique ?

Des parents cultivés et un ami, Martin, qui avait des aînés initiés à la French Touch. J’ai attaqué Gorillaz et les Daft Punk, et puis après, on ne s’arrête plus. Je crois que c’est vraiment Disclosure qui m’a mis le coup de grâce à mes 13 ans.

Quel a été ton déclic pour passer d’auditeur à producteur ?

Vers mes 12 ans, j’ai acheté une platine affligeante pour commencer à mixer. Je me retrouvais tout le temps à faire de la musique en combinant les morceaux et en samplant à droite à gauche. Je ne crois pas avoir fini un set dans ma chambre. Mon vrai déclic reste quand même l’installation de la démo du logiciel FL studio… On ne pouvait pas enregistrer les morceaux avec la version gratuite alors je laissais mon ordinateur ouvert pendant des semaines pour finir les projets que j’avais commencé.

Quelles étaient à ce moment tes sources d’inspiration ou tes références ?

À l’époque y avait un producteur qui hantait mes productions. C’était Louis La Roche. Et puis pleins de truc de chez Ed Banger… Mes premiers tracks ressemblaient un peu à des versions mauvaises de 'Signatune' de DJ Mehdi.

Comment décrirais-tu ta musique ?

J’ai du mal à répondre à ça car je suis encore en train de me chercher. J’explore pleins de chose, je reste curieux. J’ai des sons coincés dans mon ordinateur qui ne ressemblent à rien de ce que j’ai sorti pour le moment. J’essaye d’apporter de l’exigence dans le mixage et la créativité sonore. Je pense que c’est le fil rouge que je développe dans ma discographie.

Comment a débuté ta collaboration avec Sidekick ?

On avait fait une première release qui s’était bien passée sur ‘She Said’. Ils ont la même volonté artistique que moi et m’accompagnent sur mon projet avec dévotion donc le contact passe facilement. À chaque fois des bons feedbacks. Ils m’apportent les conseils dont j’ai besoin sur le marché et le formatage de la musique. Sans eux, je serais plus proche du Free Jazz que de la French Touch.

Tu partages ta musique depuis peu. Comment accueilles-tu les premiers retours sur tes morceaux ?

C’est rassurant. On se demande tout le temps si ce qu’on fait est légitime. J’ai des standards élevés sur la musique que je produis donc voir des retours mitigés m’aurait fortement remis en question. Au lieu de ça, les critiques sont très bonnes et mes sons rencontrent un public qui s’agrandit vite. J’ai envie de retourner faire de la musique encore meilleure quand je vois ça.

Tu présentes aujourd’hui ton nouveau titre ‘Something to Say’. Comment as-tu travaillé ce morceau ?

Après avoir réalisé la bande originale du documentaire ‘Une vie nous sépare’, je suis allé acheter un nouveau synthé analogique sur Paris. J’ai plongé dedans pendant un bon bout de temps. Je cherchais la basse la plus grasse possible sans que ça ne dégrade l’élégance du son. Une fois que le design sonore a été bouclé, le reste a découlé très facilement. Je suis tombé sur l’acapella du titre par hasard. Mais quand elle est arrivée dans mes oreilles, aucun débat possible. C’était sûr et certain que j’allais en faire un morceau.

Est-ce que le confinement et le climat actuel ont influé (en bien comme en mal) sur ton travail ces derniers mois ?

Le confinement m’a permis d’avoir une excuse pour dire à mes potes que je ne voulais pas sortir. Mais pour ce qui est de la musique, cette période a été un frein à la créativité. À force de ne pas s’aérer l’esprit, on n’a plus rien à dire. Je me suis senti vide. Content de pouvoir retourner en terrasse.

Pour le moment tu enchaines les sorties de singles. Est-ce que tu réfléchis déjà à des formats plus longs ?

J’y pense tous les jours. Un album est vraiment un beau projet. Mais je veux avoir les moyens de faire quelques chose de cohérent et excitant. Un EP ou un LP serait pour moi une manière de griller les étapes. Il faut être patient et travailler dur mais je pense que si j’ai l’occasion de le faire comme je l’entends, le format long sera ma priorité. J’ai tellement de tracks un peu bizarres, orchestraux ou encore expérimentaux que j’ai déjà les 14 titres pour remplir l’album (rires). Il me manque seulement les hits.

Quels sont les objectifs ou les rêves que tu aimerais accomplir avec ta musique ?

Pourquoi pas avoir mon son dans une pub Citroën pour un monospace gris qui fait des virages sur une route de montagne (rires). Mon plus gros rêve est d’avoir un lieu de travail qui soit vraiment exaltant. Un studio de musique isolé du monde avec des tapis, du velours et des plantes… C’est quelque chose qui me tente. 

Quelle est la suite pour toi maintenant ?

Dans l’immédiat, il faut que j’aille chez le coiffeur. Le confinement m’a troublé capillairement parlant. J’espère arriver à maintenir la cadence d’un son tous les mois pendant quelques temps. Je ne peux pas prédire quoi que ce soit mais j’adorerais faire des featurings plus fréquemment avec des producteurs. C’est une manière pour moi de m’améliorer et de me faire des amis en même temps.

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