PREMIERE : Ouai Stéphane - 'Drastic' | DJMAG France - Suisse - Belgique

Ouai Stéphane s’est imposé en deux EP comme l'un des artistes les plus excitants de la scène électro française. Ce bidouilleur de génie, qui fabrique ses propres instruments, nous présente aujourd’hui son dernier né, ‘Drastic’, en avant-première.

Avec des titres puisant dans la techno comme dans la bass-music, un sound-design particulièrement léché, un goût pour les mises en scènes décalées et des machines farfelues de sa propre conception, Ouai Stéphane a rapidement imprimé sa marque sur le paysage électronique français. Son show dans un mini Château de Chambord (petit clin d'oeil à Cercle), où il dévoile son bestiaire mécanique en conditions live, en est une parfaite illustration.

Après un premier single sur le label Record Record de Point Point, le Français rejoint l'écurie Global Warming, chez qui il s’apprête un sortir un nouvel EP de deux titres : ‘Drastic’. Il nous fait aujourd’hui l’honneur de nous accorder la primeur du titre éponyme, et nous dévoile pour l’occasion les dessous de cette nouvelle expérimentation.

Comment as-tu commencé à travailler sur ce nouvel EP ?

Tout est parti de mon live, pour lequel j’ai créé un nouveau contrôleur. C’est un objet unique, sur lequel j’ai mis des hand spinner et tout un tas de trucs chelous. J’ai donc composé ‘Drastic’, que je joue déjà en live depuis un moment. J’avais aussi un second titre, que j’ai commencé à faire en Nouvelle Zélande. Ce sont des titres que j’ai composé pour le live, donc il y a une approche assez physique sur ces titres.

Est-ce que tu peux nous expliquer le concept de ce nouveau contrôleur de ta conception ?

C’est du gros n’importe quoi. Il faut le voir pour comprendre (photo ci-dessous, ndlr). En gros c’est une boîte en plexiglas, avec des tas de cables, boutons, potards et objets un peu bizarres. Il y a deux hand spinner sur le côté de la boîte, reliés à un capteur qui réagit au métal grâce à un aimant. À chaque fois que je tourne le hand spinner, ça contrôle les bruits que tu peux entendre sur ‘Drastic’. Ca a été à la base de la conception du morceau. Je contrôle le beat avec des clefs de voiture, qui activent le kick, la snare ou des effets quand je les actionne. J’ai aussi des joystick qui modulent ma voix, et un téléphone Alcatel transformé en clavier midi. Quand j’appuis sur les chiffres, ça joue les notes de guitare et de cloche.

Comment est-ce qu’on en vient à fabriquer de telles machines ?

Ca s’est fait naturellement. J’avais l’idée de créer des contrôleurs à partir d’objets singuliers, comme une horloge ou une balance. Je veux faire de la musique depuis tout petit, et j’ai fait des études dans ce domaine à Dublin. Je pensais faire une formation axée sur la musique électronique, mais ça s’est révélé être bien plus large que ça. J’ai eu des cours de direction d’orchestre, d’histoire de la musique électro-acoustique, où parler de Strauss et d’Aphex Twin dans la même phrase était quelque chose de normal, ainsi que des cours de DIY pour construire nos propres contrôleurs et les relier à des logiciels comme Ableton. J’ai été bombardé d’informations là-bas pendant deux ans, et il m’a fallu un bon moment pour digérer tout ça. Avec ce bagage je me suis dit que je pouvais me passer des presets et des paramètres imposés par les logiciels. J’ai commencé avec les moyens du bord, et je me suis rendu compte que tout ce que je voulais faire était possible. 

A la complexité de ta musique et de ta démarche, tu as voulu opposer un côté visuel ludique et un second degré permanent. Tu as peur de te prendre au sérieux ?

Je pense qu’il faut se mettre à nu et apporter quelque chose de visuel et de ludique pour faire comprendre la musique électronique. Il peut y avoir un peu de complexité derrière tout ça, mais on peut tous le faire. Tout ce qu’on écoute et ce qu’on regarde est souvent très chiadé, très travaillé en terme d'image. Je suis nul là dedans, mais je ne veux pas que ça m’empêche de faire ce que j’ai envie de faire. J’essaye de tenter des trucs, de faire des choses que personne n’a fait avant. Par exemple il y a pas longtemps, j’ai demandé à la caissière d’un supermarché Casino de passer mon titre ‘Waiau’ dans le magasin. Je me casse la tête à faire des trucs que certains peuvent trouver nul, mais je cherche juste à m'exprimer.

Comment tu t’occupes en cette période de confinement ?

Je suis à Antibes chez mes parents avec deux potes, on est bien. Je bosse sur trois ou quatre nouveaux EPs et pas mal de nouvelles choses, mais je fais une petite pause dans la conception des machines. Celle que j’ai fait pour ‘Drastic’ a été une grosse galère, ça a été intense et je me suis rendu compte de mes limites de constructeur.

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