Martin Garrix, un drôle d'animal ! | DJMAG France - Suisse - Belgique

Interview de Martin Garrix parue dans le magazine DJ Mag France #01 de Novembre 2013

Dernière perle en date de la scène hollandaise, Martin Garrix est devenu le numéro 1 Beatport le plus précoce de tous les temps. Pourtant, quand on discute un peu avec lui, on s'aperçoit que cet adolescent a déjà tout compris, grâce à une confiance en lui et une maturité étonnantes. 'Animals' n'est pas arrivé de nulle part, il a été le résultat d'un long travail en studio en collaboration avec le label Spinnin, qui l'a repéré à l'âge de 14 ans seulement. A l'image de ce qui se passe dans le monde du foot, les labels EDM recrutent de plus en plus tôt afin de tailler leurs artistes sur mesure. Des artistes mis en lumière alors qu'ils sont encore adolescents et en plein apprentissage, dans un milieu clubbing où l'esprit de fête et la démesure ont plutôt tendance à faire perdre la tête. On découvre alors un jeune homme bien entouré, qui, pour l'anecdote, se produit encore uniquement sur autorisation parentale. Suite au succès international de son titre 'Animals', il ne sera pas simple pour lui d'enchaîner les tubes, même si la qualité de son management ne fait aucun doute. En attendant ses prochains succès discographiques, Martin Garrix découvre la vie de DJ-producteur avec un enthousiasme remarquable. Après de nombreuses dates en Europe, il s'apprête prochainement à s'envoler pour l'Asie. Entre deux avions, il nous répond…

"J'aimerais pouvoir me produire devant 10000 personnes à chacun de mes mixes" .

 

Quel âge avais-tu quand tu as composé ton premier titre seul en studio ?

Je devais avoir 10 ou 11 ans mais le titre n'était vraiment pas bien. Il n'est jamais sorti et je n'en ai rien fait. Il faut bien commencer !

Tu as signé très jeune avec Spinnin'. Comment ce gros label est-il venu te recruter ? 

C'est une histoire assez drôle. J'ai produit un titre pour un autre artiste et il a été signé sur Spinnin. C'est devenu un hit et Spinnin a su que c'était moi qui l'avait composé. J'avais 14 ans et ils m'ont demandé de venir dans leurs bureaux pour discuter un peu. Ils m'ont signé et ça a été un vrai point de départ pour moi. J'ai commencé à sortir de plus en plus de titres, ils m'ont beaucoup aidé sur mon plan de carrière et mon management. 

Quel genre de relations entretiens-tu avec ton ton label. Ne penses-tu pas être une sorte de "golden boy" pour eux ? 

Notre relation est excellente sous toutes les formes. L'équipe est vraiment cool. Je n'ai pas le sentiment que ce soit un travail à vrai dire. On échange beaucoup, c'est comme si nous étions amis. Par exemple, j'échange beaucoup avec le directeur artistique et il me fait toujours un retour rapide sur mes morceaux en cours, il me conseille vraiment beaucoup. Il se peut qu'il me demande de changer un drop ou le rendu de certaines parties dans la structure. Nous sommes une vraie équipe et c'est pour ça qu'on est arrivé là où on en est. Enfin, je ne crois pas être leur golden boy car Spinnin a toujours aidé les jeunes talents comme moi, en les prenant très jeunes et en les accompagnant par la suite. 

Les jeunes talents semblent arriver à maturité de plus en plus tôt. Pour ta part, penses-tu que ton âge est un avantage ou un inconvénient dans cette industrie ? 

Il y a du bon et du moins bon. D'un côté, mon âge surprend les gens et cela suscite encore plus de curiosité chez eux. En même temps, d'autres pensent que ce n'est pas bien qu'un ado soit dans le milieu de la nuit si tôt. Personnellement, je me concentre sur la musique. Je n'aime pas que le public fasse une fixation sur mon âge. Je veux qu'ils se concentrent sur ma musique, pas sur mon âge. 

Tu te produis dans les meilleurs clubs de la planète alors même que la plupart des clubbers de ton âge ne peuvent pas rentrer en club. Ce n'est pas un peu perturbant comme situation ? 

Ça va, je gère bien cette situation. Beaucoup de mes amis me soutiennent. L'âge n'a pas d'importance, je suis un artiste et je ne ressens rien de particulier quand je suis dans un club. Et puis je suis sur scène, je ne suis pas sur le dancefloor entouré de gens plus âgés que moi. Je reste donc un peu isolé et je ne pense même pas à l'âge que les clubbers devant moi peuvent avoir. 

Etais-tu prêt à vivre une aussi grosse médiatisation et un tel succès international ?

Non, pas vraiment. Je ne m'y attendais pas mais je suis évidemment très heureux de tout ce qui m'arrive en ce moment. J'apprécie chaque instant. 

Un peu plus tôt dans l'année, on t'a vu en photo avec plusieurs gros DJ's, dont Tiësto. Fait-il partie de tes influences majeures ?

Oui, Tiësto est une réelle influence pour moi. Il m'a d'ailleurs beaucoup aidé à mes débuts car il faisait partie de ceux à qui j'envoyais tous mes nouveaux morceaux. Il m'a toujours répondu et lui aussi a été de très bon conseil. Il jouait mes tracks dès qu'il en avait l'occasion et il a ouvertement dit beaucoup de bien sur moi. Je suis donc très reconnaissant. Il y a aussi Hardwell qui m'aide beaucoup. En Hollande, tout le monde s'entraide et c'est vraiment motivant. 

Tu as déjà collaboré avec d'autres producteurs tels que Julian Jordan, TV Noise & Sidney Samson… As-tu d'autres envies de collaboration en particulier ?

J'adorerais collaborer avec Lana del Rey, Alesso ou Sebastian Ingrosso… J'espère pouvoir faire quelque chose avec l'un d'entre eux dans le futur proche. J'aime leur style et leur manière d'être artiste.

"En Hollande, tout le monde s'entraide et c'est vraiment motivant."

 

La scène EDM est à son apogée. D'un point de vue artistique, quel est selon toi le plus important pour faire un tube aujourd'hui : la rythmique, les mélodies, le choix des plug-in…? 

Plus que la technique ou un élément isolé, le plus important est le producteur lui-même. Si tu mets quelqu'un de mauvais dans le meilleur studio, avec le meilleur équipement imaginable, tu n'en tireras rien. A la fin, ce qui compte toujours, ce sont les idées et la qualité du producteur. L'équipement et la technologie sont secondaires selon moi. 

Sur 'Animals', tu utilises une drôle de percussion sur ta mélodie et ton drop. Pourquoi avoir choisi ce son-là, assez peu conventionnel ?

J'ai choisi ce son car ce n'était justement pas quelque chose que j'avais beaucoup entendu jusque là. De nos jour, beaucoup de morceaux se ressemblent et je ne voulais pas être noyé dans la masse. Sur 'Animals', le drop est différent et ce sont ces petites percussions qui me permettent de me démarquer. 

Etre le titre le plus téléchargé sur Beatport doit être un sentiment très fort et angoissant à la fois pour un jeune talent comme toi, non ? 

C'était un sentiment vraiment magique. Je ne m'attendais pas du tout à un tel succès. J'ai hâte de revivre ça. 

Face au succès de 'Animals', as-tu ressenti une pression particulière ? 

Oui, j'ai ressenti la pression quand j'ai vu qu'Animals devenait un gros tube car je n'avais aucun follow-up de prêt. Je me suis demandé quel genre de morceaux j'allais faire pour enchaîner et j'ai beaucoup tergiversé. Les gens me demandaient de faire un titre dans la même lignée qu'Animals mais je ne voulais pas me répéter. Puis j'ai rapidement composé une série de nouveaux titres et la pression s'est atténuée. J'ai eu la chance de faire beaucoup de dates en tant que DJ et ça m'aide aussi à ne pas trop penser à la pression autour de mes prochains tracks. Je me sens bien, j'ai plusieurs titres prêts à arriver sur le dancefloor. 

La vie de DJ te plaît-elle jusque là ?

Bien sûr, j'adore chaque seconde de ma vie de DJ. Mis à part les voyages en avion… J'aime découvrir tous ces pays, ces cultures différentes, c'est très excitant ! 

Tu es encore très jeune. Quel genre de rêves as-tu en tête ? 

Parmi mes rêves, je peux te dire que j'aimerais jouer au Coachella Festival et devenir une vraie tête d'affiche. J'aimerais pouvoir me produire devant 10000 personnes à chacun de mes mixes ou bien organiser une tournée aussi belle que la dernière de la Swedish House Mafia. Je ne veux pas être un simple DJ, je veux être un artiste et me produire devant un large public, faire mes concerts à guichets fermés… Voilà de quoi je rêve en ce moment.

Comment abordes-tu tes DJ mixes, prépares-tu ta playlist en avance ?

Je ne prépare rien de spécial. Bien sûr, il y a une liste de morceaux sur lesquels je ne peux pas faire de concession, comme 'Animals' en premier lieu. Ce serait vraiment bizarre que je ne joue pas mon plus gros tube ! (rires) Sinon, je n'ai pas de liste particulière. J'ai beaucoup de morceaux sur ma clé USB et pendant mon set, je cherche le meilleur titre selon l'ambiance du moment. Rien n'est vraiment planifié à l'avance dans ma tête. 

Est-ce que tu te sens déjà à l'aise quand tu mixes devant de gros publics ?

J'aime mixer devant beaucoup de monde et j'aime particulièrement l'ambiance des festivals, surtout s'ils sont en plein air, sous le soleil. J'aime aussi les shows dans un contexte plus intime, je ne me formalise pas sur le nombre de gens ou la capacité d'accueil. J'aime juste faire des shows, j'ai ça dans le sang. 

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