Focus : Weval | DJMAG France - Suisse - Belgique

En piochant tant dans la techno que dans la pop psychédélique, le duo néerlandais s’est imposé, en seulement deux albums, comme l’un des plus excitants de la scène électro underground.

Ce jeudi 11 avril, ce ne sont pas des platines que les techniciens installent sur la scène de La Cigale. Des synthés, une batterie, une basse… Pas de doute, c’est un groupe que les spectateurs sont venus applaudir. Pourtant, si les instruments laissent deviner une formation pop ou rock, c’est bien dans la sphère électronique que baignent les têtes d'affiche de la soirée : Weval. Loin des turbines EDM qui façonnent le paysage électro de leur pays natal, la Hollande, le duo a trouvé une voie qui lui est propre. Signé chez les allemands de Kompakt, il n’a pas pour autant fait sienne la techno sombre et minimaliste qui a fait la renommée du label.

« Notre musique est à cheval entre l’électronique, l’indie pop, la musique psychédélique… Nous sommes toujours à nous demander ce que sera la prochaine étape, mais ce qui est sûr c'est que nous ne ferons jamais de morceau sans éléments électroniques. Nous aimons tellement produire "- Merijn Scholte Albers, moitié de Weval.

Loin des étiquettes, les influences des deux musiciens se sont mêlées pour donner vie à un projet à l’empreinte musicale singulière. Marque des artistes qui comptent, il y a sans aucun doute un « son Weval », reconnaissable entre mille. « Nous avons trouvé notre son de manière très organique. Ca n’a jamais été un choix calculé », ajoute Merijn. 

Dès ‘Half Age’, son 1er EP paru en 2013, lui et son partenaire Harm Coolen ont posé les bases de cette fameuse patte : des beats prenant leur source dans un héritage techno, une inclinaison pour les mélodies légèrement désaccordées (detuned, en langage de producteur), agrémentées d’envoutants arpèges analogiques, de voix éthérées, le tout enrobé d’une réverbe qui donne à leur musique une distance quasi stellaire. Une impression renforcée par la pochette : un astronaute regardant une lune lointaine depuis ce qui semble être… la lune. Avec ce premier testament musical, Weval affirme déjà une rare maturité, et un objectif clair : nous faire voyager. Un an plus tard, ‘Easier’ enfoncera le clou, porté par l’excellent ‘Gimme Some’.

En 2016, les deux musiciens mettent au monde un premier long format, sobrement intitulé ‘Weval’. Le disque sera unanimement acclamé par la critique et le public, le célèbre site américain Pitchfork comparant même l’album au ‘’ de Justice ou au ‘Untrue’ de Burial, débutant sa critique par ces mots : « De temps en temps, un enregistrement électronique est à la fois si puissant et si attrayant qu’il ne peut s’empêcher de tomber entre les mains de personnes qui n’auraient autrement aucun disque de labels comme Kompakt, Hyperdub ou !K7 ». Une description qui en dit long sur la faculté de Weval a transcender les genres et à séduire un public bien au delà du petit cercle des puristes techno. Programmé dans de grands festivals comme le DGTL ou We Love Green, le duo a gagné son statut d'étoile montante de l'underground électronique.

Trois ans plus tard, Merijn Scholte Albers et Harm Coolen viennent de transformer l’essai avec ‘The Weight’, un second opus à la pochette délicieusement surréaliste. Si les deux producteurs n’ont pas fait de virage à 180 degrés et conservé le grain si particulier de leurs précédentes productions, pas question pour eux de faire un ‘Weval’ bis. « Nous voulions faire un album plus personnel. Nous avons donc décidé de tout enregistrer nous même, jusqu’à la batterie. Nous voulions apprendre. Nous avons commencé à chanter nous même plutôt que de sampler d’autres personnes. On n’est pas de très bons musiciens, mais si tu as du temps tu peux faire des essais, garder ce que tu aimes et enlever le reste. Au bout d’un moment tu peux parvenir à quelque chose que tu peux écouter plus de dix fois. A partir de là, tout était permis, sans aucune limite dans l’utilisation des instruments. Nous nous sommes beaucoup amusé, c’était un sentiment nouveau de liberté. C’était important de renouveler le process, pour ne pas refaire ce que nous avions déjà fait. Toutefois il restait cette inquiétude : est-ce que les gens allaient aimer l’album ? », nous raconte Merijn. A l’écoute du disque, force est de constater que Weval n’a rien perdu de sa capacité à séduire les oreilles les plus exigentes. Toujours aussi prenantes, les compositions y gagnent en nuances et en subtilité, à l’image du single éponyme.

Le duo ayant profondément changé son approche en studio, cette nouvelle ligne directrice laissant plus de place aux instruments ne pouvait que se transposer sur scène : « Si nous ne sommes que deux sur scène, ça sonne plus ‘techno’, et on peut jouer tard, dans des clubs… Mais nous avons décidé de tout jouer Live avec un groupe. C’est très différent, tout le monde doit être dans la même vibe pour que ce soit un concert spécial. Il y a beaucoup de parties improvisées, et elles sont nécessaires pour ne pas être en pilote automatique. Nous voulions faire quelque chose d’excitant pour nous comme pour le public, que chaque show soit unique. En tant que spectateur, je ne veux pas voir un concert parfait, je veux voir un concert où les choses peuvent mal se passer. Si tu veux quelque chose de parfait, contente toi d’écouter le disque". Avant d'ajouter : "Les deux premières années, nous avions un set millimétré, où tout était timecodé. Ca nous a ennuyé, on voulait vraiment passer à autre chose. Je ne veux pas voir ou faire de concert où il se passe chaque soir la même chose. Je ne pense pas que ce soit très longtemps stimulant pour la créativité ». Les spectateurs de La Cigale peuvent en témoigner : le show de Weval met en exergue cette complicité entre les musiciens permise par l'intuitivité du jeu instrumental. 

Naviguant habillement entre les genres avec pour colonne vertébrale un talent certain pour les mélodies, Weval a prouvé en deux albums qu’il est de la trempe des Ratatat, Metronomy ou encore James Blake. Des artistes capable de mettre leur science de la production au service d'une musique sophistiquée faisant la part belle aux mélodies. La trentaine à peine entamée, Merijn Scholte Albers et Harm Coolen ont encore de belles choses à nous montrer. En attendant la suite, on ne peut que vous recommander de vous plonger dans ‘The Weight’, si ce n’est pas déjà fait…

Commentaires