Comment ‘Discovery’ a fait entrer la Dance Music dans l’ère digitale. | DJMAG France - Suisse - Belgique

Dix-sept ans après sa sortie, le deuxième album des Daft Punk apparaît comme l’une des pierres angulaires de la musique électronique moderne. Retour sur l’histoire de ce disque mythique.

Il n’est pas exagéré de dire que la Dance Music est entrée dans une nouvelle dimension le 26 février 2001, jour de la sortie du deuxième album de Daft Punk. ‘Discovery’ est l'un des disques les plus importants du genre, toutes périodes confondues. Un disque qui un anticipé l’ère digitale de la musique, l’importance des contenus vidéo et l'explosion des fanbase en ligne. Un disque qui sonne comme aucun autre, tout en étant une porte d’entrée vers l’Electro et un Soft Rock alors en plein boom. C’est le genre d’album qui, dix-ans plus tard, te fait te demander ‘Comment savaient-ils?’.

Pour apprécier ‘Discovery’, il faut revenir au mois de novembre 2000, à la sortie de ‘One More Time’, le premier clip du duo en deux ans et le premier extrait de l’album à venir. Les Daft Punk n’étaient pas encore les demi-dieux de la Dance qu’ils sont aujourd’hui. Ils étaient plutôt deux intellos parisiens avec un brillant album à leur palmarès, bien que très underground. Ils étaient certes populaires, mais à l’échelle de salles de 2000 personnes, pas de gros festivals. Et ‘One More Time’, bien qu’un de leurs plus gros succès, divisait alors les fans. Certains le trouvaient un peu trop consensuel. D’autres étaient impressionnés par l’utilisation alors nouvelle de l’auto-tune. A la sortie de ‘Discovery’ trois mois plus tard, beaucoup d’auditeurs furent perplexes. Où les samples Disco et les rythmes House incandescents de ‘Homework’ étaient-ils passés ? Où étaient les grincements Techno de ‘Rollin and Scratchin’ ? Et qu’était-ce que ce tapping de guitare envahissant le morceau ‘Aerodynamic’ comme une horde de vikings métalliques ?

Discovery’, comme beaucoup de grands albums, n’était pas facile à comprendre à sa sortie. Le lifting sonore des Daft Punk semblait alors absurde : les licks de guitare, le Rock de stade, les effets vocaux, la Pop baroque, la dillution des rythmes électro… Le monde n’était pas prêt. A la première écoute, beaucoup de fans semblaient plus amusés qu’impressionnés, pas sûr de comprendre ou même d’aimer la nouvelle direction du groupe. Mais doucement, ‘Discovery’ a commencé à gagner en popularité. Ce mélange de guitares Hard-Rock et d’effets vocaux, la structure conventionnelle des morceaux et les astuces sophistiquées de la production ont fini par surpasser l'aura du premier album. C’était une nouvelle échelle d’inspiration, le genre de bond créatif qui sépare ce qui est bon de ce qui est vraiment inspiré et inspirant. De plus, ‘Discovery’ arrivait avec des mélodies à la puissance universelle, de la rêverie ‘Digital Love’ au chagrin d’amour ‘Something About Us’. Ces mélodies étaient si fortes qu’elles pouvaient être découpées, enrobées et envoyées au charbon dans de nouvelles formes, comme en témoignent les tournées ‘Alive 2006-2007’, lors desquelles ‘Discovery’ fournissait les moments forts de sets mixant leur discographie dans des juxtapositions inédites. Pendant un moment, les samples Rock devinrent monnaie courante dans la Dance Music, du ‘My My My’ de Armand van Helden (reprenant le ‘Comin Apart’ de Gary Wright) au ‘Call On Me’ de Eric Prydz (basé sur le classique de Steve Winwood ‘Valerie’). En 2007, Kanye West utilisa la voix robotique de ’Harder Better Faster Stronger’ sur ‘Stronger’, un morceau qui parvint au sommet des charts US et introduit l’Electro au Hip-Hop commercial, posant les fondations du boom de l’EDM. A la fin des années 2010, ‘Discovery’ est régulièrement placé dans la liste des meilleurs disques de la décennie. En 2018, sa réputation est intouchable.

Avec cette divine inspiration musicale, il pourrait sembler superflu de parler de l’activité qui a accompagné la parution de ‘Discovery’. Pour autant, le futurisme scintillant du disque va de paire avec la manière visionnaire dont il a été sorti. Les exemplaires originaux de l’album étaient vendus avec une carte de membre du ‘Daft Club’, un fan club online où les fans pouvaient télécharger des contenus exclusifs. ‘Discovery’ fut aussi adapté en film avec ‘Interstellar 5555 : The 5tory Of The 5ecret 5tar 5ystem’, qui contait l’histoire d’un groupe de Pop intergalactique, segmentée sur les 14 titres du disque. Avant-gardiste, à l’époque où Youtube n’était encore qu’une idée prête à germer. Et puis il y a les Daft Punk eux-même. Profitant de la sortie de l'album, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo se transforment définitivement en robots, prétextant un accident dans le studio ayant abimé leur corps de chair et de sang… Plutôt ridicule au départ, cette idée se transforma en coup de génie, donnant au duo l’une des identités visuelles les plus fortes du monde de la musique tout en préservant son identité des ravages de la célébrité et des réseaux sociaux.

Malgré tout cela, ‘Discovery’ n’est pas un album parfait. L’ordre des morceaux ne fonctionne pas parfaitement, et quelques titres sont un peu poussifs. Mais cela ne semble qu’accroître la fascination qui entoure le disque. Ces imperfections semblent avoir été volontairement tissées dans un tapis persan, comme le rappel qu’il y a bien des humains derrière l'album. Est-ce vraiment une coïncidence que le morceau ‘Too Long’ soit réellement trop long ? Et pourquoi débuter ‘Discovery’ avec ‘One More Time’, le genre de morceau destiné à être placé à la fin pour renvoyer l’auditeur au début ? Ce qui pourrait être considéré comme un excès de fantaisie n’empêche en rien d’apprécier un disque essentiel pour la Dance et la musique en général. Voyons ça sous cet angle : pouvez-vous imaginer un monde musical dans lequel les Daft Punk n’auraient jamais fait ‘Homework’, ‘Human After All’ et ‘Random Access Memories’ ? Ce serait triste, mais pas radicalement différent. Mais sans l’influence de ‘Discovery’, où serions-nous ? Est-ce que l’auto-tune serait à la mode ? Est-ce que Kanye West aurait découvert l’Electro ? Est-ce que les musiques électroniques seraient aussi populaires aujourd’hui ? Est-ce qu’Eric Prydz et Deadmau5 seraient des stars ? Est-ce que les Daft Punk existeraient encore ? Essentiel ne parvient même pas à définir à quel point cet album fut visionnaire et important.

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