Polémique autour de la tenue de Tomorrowland à l'Alpe d'Huez | DJMAG France - Suisse - Belgique

Tomorrowland avait-il vraiment besoin d'argent public pour sa première édition hivernale en France ? C'est toute la question soulevée depuis quelques jours par de nombreux acteurs du tissu culturel et associatif. Avec en ligne de mire, Laurent Wauquiez...

Quelques jours après l'euphorie engendrée par l'annonce de la région Auvergne Rhône-Alpes, la polémique grimpe aussi vite vers l'Alpe d'Huez qu'un leader du Tour de France... Avec, en maillot jaune, Laurent Wauquiez, président du conseil régional, qui en prend (comme souvent) pour son grade. 


Avec une participation inédite de 400000€, la Région est fière de pouvoir accueillir le Tomorrowland Winter sur son territoire. (Laurent Wauquiez) 


En cause ? Un dopage économique peu apprécié par le peloton du tissu culturel, associations non lucratives et observateurs à l'éthique culturelle irréprochable. Vendredi dernier, via un communiqué de presse, la région Auvergne Rhône-Alpes nous a ainsi appris qu'elle subventionnait le festival Tomorrowland dans la station française, devenant ainsi le premier financeur public : "Avec une participation inédite de 400 000€, la Région est fière de pouvoir accueillir le Tomorrowland Winter sur son territoire". Il n'en fallait pas plus pour déclencher la fureur de nombreux acteurs culturels de la région et l'indignation de nombreux observateurs. 

Relayée par tous les grands médias, l'annonce de Tomorrowland Winter en mars 2019 tend à se transformer en une énième opération de déstabilisation du président de la région, déjà fortement accablé depuis plusieurs semaines. Même si ses adversaires politiques n'y sont pas encore allé de leurs petits commentaires, Laurent Wauquiez assume (comme souvent) sa décision d'allouer une telle somme aux organisateurs belges, pourtant identifiés comme les plus rentables de l'industrie EDM. Avec 25 millions de C.A en 2017 pour l'édition belge de Tomorrowland et plusieurs dizaines de milliers de tickets - vendus plusieurs centaines d'euros l'unité en une fraction de secondes sur Internet -, Tomorrowland est une véritable puissance financière à elle seule. 

Si on peut se réjouir que la France soit le 3ème pays (après les USA et le Brésil) à accueillir la marque Tomorrowland sur son sol, on peut se demander pour autant si un financement public était nécessaire. "Cette manifestation unique à l’échelle internationale s’inscrira également dans les priorités de la politique culturelle régionale et renforcera l’attractivité de la région pour la première édition hivernale du festival." se défend Laurent Wauquiez, convaincu que la puissance marketing de Tomorrowland sera bénéfique à toute la région. "En mars 2019, Tomorrowland Winter offrira à la Région Auvergne-Rhône-Alpes un rayonnement international, preuve que la culture est au cœur de nos priorités" se réjouit-il ainsi dans le même communiqué de presse. 

D'un point de vue économique et touristique, on peut facilement envisager d'énormes retombées, principalement pour la station elle-même, dont la quasi-totalité du parc locatif sera réquisitionnée pendant cette semaine de Mars 2019. A partir de Septembre, le festival ne commercialisera ses packs (4 ou 7 jours) uniquement aux festivaliers qui résideront dans la station ou les villages alentours comme Bourg d'Oisans pendant la semaine... Et certains blogs évoquent déjà des tarifs au-dessus des 500€ en prix d'entrée, avec un objectif de fréquentation fixé par les organisateurs à 30000 participants ! Vu la force marketing de Tomorrowland, on peut anticiper sur une réussite commerciale, malgré ces tarifs élevés, et donc un chiffre d'affaires plus que juteux... 


Ironie du sort, cette subvention, mise en perspective, permet seulement de financer un à deux DJs star coeur de cible chez Tomorrowland...


On voit donc bien que la participation de la Région s'assimile à un investissement touristique, l'événement étant réservé à des profils de festivaliers aux revenus aisés. Quand M. Wauquiez invoque un motif culturel, on peut ainsi comprendre l'effroi et l'indignation du tissu associatif culturel et de tous les organisateurs indépendants de festivals, qui luttent pour péréniser leurs événements d'année en année. Surtout qu'à se pencher de plus près sur le concept en lui-même, on se rend compte que c'est avant tout le domaine skiable exceptionnel de la station, qui culmine jusqu'à 3300m d'altitude, qui sera particulièrement mis en avant. Tomorrowland Winter a d'ores et déjà annoncé que son concept hivernal était bel et bien une combinaison entre glisse et dancefloor. L'aspect culturel du projet n'est donc pas du tout central, loin de là.

Ironie du sort, la somme de 400000 euros, mise en perspective dans l'économie mondiale de l'industrie EDM et du deejaying (valorisée à plus de 7 milliards de dollars), peut sembler assez dérisoire, non seulement à la lecture du bilan comptable de Tomorrowland (qui fêtera son 15ème anniversaire en 2019) mais aussi face aux cachets désormais encaissés par les DJs têtes d'affiche mis en avant par le festival belge. En effet, cette subvention, au jour d'aujourd'hui, permet seulement de financer un à deux DJs star coeur de cible chez Tomorrowland... La magie culturelle semble donc bien glacée, d'où peut-être l'idée du "Frozen Lotus" comme univers narratif... 

 Cliquez ici pour lire le communiqué de presse de la Région Rhône-Alpes dans son intégralité.

 

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