Apple Music officialise le streaming des DJ Mixes | DJMAG France - Suisse - Belgique

Apple Music officialise le streaming des DJ Mixes, des remixes et des mash-up en s'appuyant sur les compétences techniques de Dubset, une start-up innovante...

Les DJ's et labels connaissent bien la problématique des DJ mixes, bootlegs, mash-up et autres remixes. Non seulement leur écoute en streaming ne génére aucun revenu, mais, surtout, leur mise en ligne et leur partage donnent souvent lieu à des soucis de copyrights. Apple Music a annoncé ce mardi qu'elle avait peut-être la solution miracle...

Sur Soundcloud, par exemple, la mise en ligne de DJ mixes est devenue, avec le temps, une vraie prise de tête pour les DJ's vu que beaucoup de titres, notamment ceux signés par les gros labels, sont systématiquement rejetés à défaut d'autorisation officielle. Derrière toutes ces complexités juridiques, on se retrouvait alors dans une sorte d'hypocrisie générale, avec des contenus mal identifiés, souvent illégaux, pourtant consommés en masse par les internautes.

Apple Music, qui s'est lancé sur le marché du streaming l'an dernier et qui annonce déjà plus de 10 millions d'utilisateurs payants, a senti une belle opportunité de se positionner sur tous ces types de contenus qui ne sont pas considérés comme des "oeuvres originales". La plateforme compte bien accueillir les bras ouverts les DJ Mixes, mixes enregistrés, remixes (même non officiels) et mash-ups, avec à la clé un système de monétisation innovant, qui permettra à la fois au DJ qui met en ligne, tout comme aux différents ayant-droits, de toucher de l'argent. 

UNE PROLIFÉRATION DE CONTENUS "NON OFFICIELS"

Cette annonce d'Apple Music lors du salon SXSW a immédiatement eu beaucoup d'écho dans le milieu des musiques électroniques, des labels et des DJ's. En effet, les mixes, remixes et mash-ups sont la matière la plus consommée et la plus partagée sur Internet. L'IFPI estime que 20% des internautes écoutent régulièrement des contenus "non répertoriés" en streaming "illégal"… Alors quand le géant Apple affirme qu'il va mettre en place un système équitable de rémunération, tout le monde se frotte les mains. 

LA TECHNOLOGIE DUBSET MEDIA

Pour cette nouveauté majeure au sein de sa plateforme de streaming, Apple a fait appel à Dubset Media. Sur les trois dernières années, cette start-up (créée par l'ancien CEO de Gracenote, qui permet d'identifier les données de n'importe quel titre lors de la lecture d'un CD sur un ordinateur connecté à Internet) a mis au point une base de données d'environ 100 millions de titres, tout en développant deux outils puissants : 

    • MixScan décortique le contenu d'un Mix à partir d'algorythmes afin d'identifier tous les ayant-droits reconnus à l'intérieur de chaque titre et sample. Un pourcentage est ensuite reversé à chaque ayant-droit, mais on ne sait pas vraiment comment s'effectue le calcul. On sait juste que ce qui est reversé est identique pour tous les ayant-droits, qu'ils soient des Majors ou des petits artistes indépendants. 

    • MixBank, qui s'adresse aux DJ's et managers afin de mettre en ligne et partager des contenus de type DJ sets et remixes. C'est ce service-là qui sera "dupliqué" par Apple Music. 

UN CHOC DE SIMPLIFICATION

Jusque là, personne n'avait jamais osé s'attaquer à ces contenus de par leur complexité juridique et technique. Il y avait donc une zone d'ombre, dès l'arrivée du fameux format Podcast au milieu des années 2000. L'industrie musicale et les plateformes d'hébergement Internet avaient alors tendance à fermer les yeux sur la problématique du partage d'oeuvres non officiellement "clearées". Sauf que depuis quelques années, devant l'augmentation massive et la prolifération des DJ mixes et bootlegs en tous genres, les majors et les gros labels étaient devenus de moins en moins flexibles, obligeant par exemple les plateformes comme Soundcloud à changer leur politique d'utilisation. 

RÉMUNÉRER LES AYANT-DROITS

Il faut dire qu'un simple DJ Mix d'1 heure, pour peu qu'il soit alimenté par des Edits personnels à bases de mash-ups (quand on fusionne plusieurs oeuvres à l'intérieur d'une seule), représente parfois plusieurs centaines d'ayant-droits. Difficile donc pour le DJ qui met en ligne son mix, et la plateforme qui l'héberge, de faire autant de démarches compliquées pour s'affranchir du droit de partager ce contenu en public via le streaming, même si la démarche n'est pas commerciale.

Stephen White, le CEO de Dubset, explique : "Typiquement, un mix contient 25 à 30 titres, ce qui sous-entend un paiement de royalties à 25 à 30 labels, qui eux-même ensuite doivent reverser aux ayants-droits et aux éditeurs concernés pour chaque titre." Un vrai casse-tête, qui méritait donc un accord global plutôt que des accords au cas par cas. Dubset a ainsi signé un accord type avec 14000 labels et éditeurs.

DES RÈGLES D'UTILISATION

Il est important d'ailleurs de signaler que Dubset tend à favoriser les ayant-droits (labels, artistes, éditeurs) plutôt que les créateurs de DJ mixes et autres contenus "non officiels". Par exemple, lorsqu'un mix d'1 heure sera mis en ligne sur Apple Music, le processus d'analyse (qui dure environ 15 minutes) vérifiera chaque tranche du mix pour lister tous les ayant-droits. Si des restrictions ont été émises par l'un ou plusieurs d'entre eux, le mix pourra être recalé et non accepté.

Concrètement, Apple Music et Dubset n'autoriseront pas la diffusion des mixes sans l'accord préalable des ayant-droits. Plus surprenant, Dubset permet même à un label ou à un manager d'éditer des règles d'utilisation d'un titre en particulier, que ce soit une durée maximale ou une incompatibilité à être mixé avec tel ou tel autre titre. Calvin Harris (qui est en Février 2016 l'artiste le plus mixé sur Internet) et son label pourraient ainsi interdire les utilisateurs de mixer son dernier track avec un titre de David Guetta. C'est possible, en tout cas.

DES REVENUS POUR LES LABELS 

Apple Music ne va donc pas libéraliser à l'extrême le partage des contenus musicaux, contrairement à ce qu'on peut déjà lire à droite à gauche. Il va simplement contribuer à officialiser et monétiser le partage en streaming de dizaines de millions de contenus jusque là restés "underground" et illégaux. Pour certains labels, cela représentera une nouvelle source de revenus intéressante puisqu'actuellement, ils ne touchent rien sur un mix partagé via Soundcloud, par exemple. Mad Decent, le label de Diplo, est (selon le rapport mensuel de Dubset), le label dont les contenus sont les plus partagés sur Internet en ce début d'année 2016.  

PAS DE MIRACLE POUR LES DJ'S

En revanche, l'idée majeure est de monétiser les DJ mixes et de permettre à n'importe qui de gagner de l'argent via les écoutes en streaming de son DJ Mix, tout en reversant aussi de l'argent aux ayants-droits des titres utilisés dans le mix. Si on ne peut que se féliciter d'un tel projet, nul va sans dire qu'il règne un flou total sur le montant des sommes reversées. Seul le temps nous dira donc si un DJ "anonyme", dont le DJ mix est écouté 10000 fois via Apple Music, pourra toucher un revenu significatif. On en doute fort ! Quand on sait à quel point le mécanisme de calcul des partages de revenus du streaming est peu profitable aux artistes, on imagine mal qu'un DJ quelconque puisse gagner beaucoup d'argent en partageant un mix à base de contenus sur lesquels il n'a aucun droit…

En revanche, pour les DJ-producteurs adeptes des bootlegs et autres mash-ups, la rémunération sera peut-être plus intéressante. Quand on sait que des artistes comme Robin Schulz et Kygo se sont distingués au départ par ce genre de contenus, écoutés en streaming plusieurs millions de fois, on peut espérer que la monétisation de ce genre de contenus devienne une bonne chose pour leurs créateurs. 

Quant à Stephen White, le boss de Dubset, il assure qu'Apple Music n'est qu'un début : "Notre volonté est d'appliquer notre technologie aux 400 distributeurs digitaux dans le monde. Quand on pense à déverrouiller et à monétiser ces millions d'heures de contenus, on comprend que c'est une aubaine pour toute l'industrie musicale."

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