Interview : Ruede Hagelstein | DJMAG France - Suisse - Belgique

Dans notre dernier magazine DJ Mag #09, le Berlinois partageait avec nous les 10 titres les plus marquants de sa Collection. Il nous parle ici plus en détail de son album 'Apophenia' sorti sur le label Watergate...

Dans notre dernier magazine DJ Mag #09, le Berlinois partageait avec nous les 10 titres les plus marquants de sa Collection. Un mois après la sortie de son album 'Apophenia' sur le label Watergate, il nous en dit un peu plus sa vision de la musique "underground"...


Combien de temps as-tu passé sur la composition et la production de ton nouvel album 'Apophenia' ?

Il m'a fallu environ un an. Les premières semaines, j'improvisais pour trouver des idées et des sons. De là, j'ai créé une vingtaine de layouts dans mon séquenceur, que j'ai testés lors de mes DJ sets. Puis j'ai pris du recul et je me suis concentré sur les meilleurs d'entre eux pour les transformer en véritables morceaux d'album. ?

"Ce qui compte au final, c'est le niveau d'émotion et d'intensité que tu mets dans ta musique."

Cet album dénote une large palette électronique, avec quelques morceaux taillés pour le peak time, comme 'Moon Rabbit'. As-tu cherché à redéfinir la techno avec cet album ? 

Non, j'ai tenu à faire cet album à la fois pour les DJ's et les gens "normaux". Les Dj's peuvent donc y trouver des titres à jouer dans leurs sets mais je crois que tout le monde peut aussi écouter l'album à la maison ou dans la voiture. Tous les titres sont à 123 bpm mais ils ont un feeling, en effet, parfois très différent. J'ai d'ailleurs songé à intituler l'album "123" à un moment, avant de me raviser car ce chiffre, ce tempo, ne résumait pas assez le contenu de mon album. Bon, ça reste mon tempo favori en tant que DJ mais 'Apophenia' est bien plus qu'un tempo, c'est ma vision actuelle des musiques électroniques, avec des titres jouables en club et d'autres plus relaxants comme 'Life Is A Beach', par exemple. 

Tu as l'habitude de mixer au Watergate à Berlin. Est-ce que cet endroit a influencé ta manière de bosser en studio ?

Il n'y a aucun autre club où j'ai autant joué qu'au Watergate. C'est un endroit très inspirant, en effet. C'est quelque part dans ma tête quand je suis en studio, c'est sûr. Il y a un lien entre l'expérience de deejaying que j'ai pu y développer et mon approche du studio. Je suis persuadé que si j'avais été résident du Berghain, ma musique aurait été différente.

La plupart du temps, les artistes font un choix entre une musique sombre ou joyeuse, compose en mineur ou majeur... En ce qui te concerne, tu jongles habilement avec les deux, comme si tu étais animé par une certaine dualité, je me trompe ?

Je ne sais pas trop si on peut parler d'une dualité, je ne suis pas très calé en psychologie. (rires). Ce que je sais, c'est que ma musique reflète tout ce que j'ai à l'intérieur de moi. Alors chaque personne la ressent ensuite différemment. Certains diront que c'est sombre et d'autre diront que c'est joyeux. Peu importe, de mon côté, j'aime autant les morceaux mélancoliques que les chansons d'amour. Ce qui compte au final, c'est le niveau d'émotion et d'intensité que tu mets dans ta musique. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre la musique de divertissement et la culture...?

Penses-tu que la scène underground est plus intéressante aujourd'hui qu'il y a dix ans ? 

Je participe à la scène underground berlinoise depuis plusieurs années. Cette ville est mon point de départ mais, avec le temps, j'ai eu la chance de voyager pour mixer un peu partout. Tout cela te déconnecte forcément un peu de ta base underground de départ. Dès que tu commences à vendre un peu de musique, que ton business est lancé, je crois qu'on perd la pureté de l'âme underground. Je ne suis pas bien sûr de ce que signifie ce terme "underground" de nos jours mais ici à Berlin, nous avons de nouveaux endroits pour les jeunes créatifs, qui osent remettre en question les cultures existantes, en permanence. C'est finalement, ce que je citerais en exemple pour définir l'underground. Pour ce qui est de la scène Techno, elle est devenue de plus en plus commerciale avec le temps. Un peu à l'image du deejaying en général.

 

Retrouvez Ruede Hagelstein dans la rubrique Musique du dernier magazine DJ Mag, actuellement en kiosques.

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