Après avoir porté la version parisienne du festival Inox sur ses épaules pendant huit années, Joachim Garraud sera de retour sur l'île des Impressionnistes, à Chatou, le 9 septembre prochain pour la première édition de l'Elektric Park... Interview !

Après une année de trêve et l'arrêt de l'exploitation de la marque Inox, Joachim Garraud a pris le taureau par les cornes pour revenir le 9 septembre sur l'île des Impressionnistes avec un nouveau festival intitulé Elektric Park. A quelques semaines du jour J, nous l'avons rencontré pour voir comment il abordait cette nouvelle aventure, forcément très commentée ici et là sur les réseaux festivaliers...


Ce qui compte le plus, ce ne sont pas les têtes d’affiche, mais le sentiment d’osmose que n’importe quel DJ peut créer.


Tu vas à nouveau transformer l’île des Impressionnistes en énorme dancefloor le 9/09. Selon toi, quels sont les points forts de ce lieu, en dehors de sa proximité avec Paris ?

C’est un très beau lieu, bucolique, qui a vu Van Gogh et Monet dessiner de superbes tableaux. C’est une île, avec des arbres centenaires, qui dégage donc un un vrai charme, ce qui est idéal pour créer un monde à part. Et puis notre festival a lieu en journée, dès 11h du matin. Il y a huit ans, c’était novateur de faire la fête en journée autour des musiques électroniques. On garde donc cette spécificité et on se sert des avantages de ce lieu magique pour accueillir notre public, très hétéroclite.

Après l’aventure Inox Park, tu te lances donc un nouveau défi avec cette première édition d’Elektric Park. Ce changement d’identité n’a pas l’air de tramer un changement de concept, tu confirmes ?

Je confirme. On a changé le nom mais on a gardé le concept car je suis convaincu que c’est une bonne idée de faire la fête tout au long de la journée entre amis. On incite le public à venir écouter des DJs de différentes mouvances, dans des circonstances très différentes que ce qui se passe en club, la nuit. Pour Elektric Park, il y a forcément eu des ajustements, avec des scènes un peu différentes et des moyens de production toujours renforcés, mais l’âme et le concept restent les mêmes.

 

Est-ce que tu regrettes l’abandon de la marque Inox, que tu as pourtant si bien développé sur Paris ces dernières années ?

Je trouve ça dommage effectivement d’abandonner la marque Inox, mais vu que j’étais en désaccord avec le propriétaire avec qui je m’étais associé, il était préférable de prendre mes distances. C’était d’ailleurs la seule façon pour continuer d’exister et de proposer l’événement début septembre.

Depuis que tu es basé aux USA, est-ce que ta définition de l’expérience festival a évolué ?

C’est vrai qu’aux Etas-Unis, en découvrant des festivals comme Coachella, l’EDC ou Lollapalooza, on prend une claque en terme de production. C’est gigantesque. En Europe, les festivals ne sont peut-être pas aussi bien équipés mais ils ont quelque chose de singulier. On est plus sur le concept que la pure force de production. Après, voir ces festivals américains de l’intérieur, ça m’a donné des idées.

Il y a de plus en plus de festivals sur la région parisienne. Est-ce que cette concurrence t’inquiète ?

Cela m’inquiète car ça oblige chacun à avoir un concept réellement très fort et unique. Quand je vois tous ces festivals électro en journée, sur les musiques électro, je me dis qu’il y a une similitude avec nous. Et quand on doit lutter contre des grosses structures qui peuvent investir des millions, c’est forcément plus compliqué. Pour notre part, on reste sur un procédé relativement artisanal, il faut donc qu’on parvienne à faire la différence dans ce nouveau contexte. Cela m’inquiète un peu mais je reste positif car le public arrive à faire la part des choses. Notre image de marque bon enfant joue en notre faveur et notre ligne directrice est un point fort.

En quoi ton festival est différent des autres événements Electro français, le souhaites-tu plus familial et convivial ?

Je veux garder l’état d’esprit convivial et l’ouverture à toutes les générations, avec l’objectif de faire la fête une journée par an en découvrant des DJs et des nouveaux artistes. On met l’accent sur ça. Il y a quelques headliners mais la priorité, ce sont les nouveaux talents qui proposent des choses différentes. Je suis convaincu que les musiques électroniques peuvent réunir plusieurs générations.

Le line-up a été dévoilé et à sa lecture, on se rend compte que tu ne mises pas tout sur l’artistique contrairement à d’autres. N’est-ce pas un pari risqué à l’époque où les headliners sont de plus en plus essentiels pour vendre des tickets ?

C’est un choix délibéré, à contre-courant des DJs stars. Ce qui compte le plus, ce ne sont pas les têtes d’affiche, mais le sentiment d’osmose que n’importe quel DJ peut créer. On n’a pas de DJs très connus car tous les autres festivals les ont déjà, de toute façon. Je préfère miser sur les découvertes et j’ai déjà réussi à le faire par le passé. Souvenez-vous quand j’ai fait venir Skrillex en France la première fois, alors qu’il était inconnu du grand public. On a vu ensuite ce qu’il est devenu… L’amour de la musique et de la fête comptent plus que cette pseudo-course aux stars. C’est un pari risqué mais sincère, seul l’avenir dira si j’ai eu raison.

En tant qu’organisateur/artiste, as-tu plus de marge de manoeuvre en terme de programmation ?

Quand je démarche des nouveaux artistes avec ma casquette d’organisateur, mon nom me sert souvent de caution et met en confiance les artistes démarchés. C’est toujours un plaisir d’avoir un mail de management comme quoi on me fait confiance.

La scène Bleu Blanc Rouge (BBR) jouera un rôle important cette année. Tu y as invité beaucoup de DJ-producteurs français, dont certains sont des amis de longue date. Peux-tu nous décrire un peu cette scène ?

Il s’agit d’une scène 100% tricolore, aux profils très variés. L’ancienne et la nouvelle génération sont réunies dans un élan de fraternité. Il y a un vrai engouement autour de cette scène.

Tu assureras de ton côté la closing de la scène principale, avec un set taillé sur mesure, que tu es actuellement en train de préparer. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Me retrouver en closing est avant tout un concours de circonstance, car ce n’était pas prévu. L’artiste que j’avais en tête n’a pas pu être là et j’ai donc décidé de finir au vu du reste du line-up. Je prépare un show spécial, une symbiose entre électro à consonance techno et production technique à base d’effets spéciaux, lights et vidéo. Cette combinaison devrait offrir au public un spectacle à part. Musicalement, je veux confirmer mon retour à mes premiers amours, avec un virage marqué vers des tracks instrumentaux plus musclés. Cette closing sera donc l’occasion pour moi de dévoiler un nouveau show.

Produire un festival n’est jamais une promenade de santé. As-tu le sentiment que c’est de plus en plus difficile ?

Les nouvelles normes de sécurité font en sorte que ça devienne de plus en plus compliqué. Sur les thèmes de la prévention et de la sécurité, la liste s’allonge tous les ans. Par ailleurs, certains cachets de DJs deviennent impossibles à aligner pour nous. Ces deux éléments font que ça devient difficile mais l’enthousiasme et le sourire du public, couplé au professionnalisme de mon équipe, me donnent envie et me motivent pour revenir plus fort.

A un mois du jour J, dans quel état d’esprit te trouves-tu ?

Chaque jour, on est dans le concret, sur la production, on essaye de penser aux détails. Quand les gens vont passer la journée avec nous, on veut que ce soit le mieux possible. Nous sommes donc concentrés au quotidien et on n’a pas trop le temps de prendre de la hauteur dans cette phase de préparation.

Photo : Joachim Garraud @ Zemixx 600

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