Le retour de Justice n'est pas une mince affaire. Cinq ans après 'Audio Video Disco', un album conceptuel qui avait déçu bon nombre des fans de la première heure, le duo revient avec des intentions nettement plus dansantes sur 'Woman'. Mais pas que...

Alors que le troisième album de Justice pointe le bout de son nez, il faut reconnaître qu'il y a une sorte de synthé-mania modulaire depuis quelque temps en matière d'électro. On pourrait facilement penser que le duo français fait partie des défenseurs les plus féroces du culte du vintage et de l'analogique...

Mais ce serait mal connaître Xavier et Gaspard, qui aiment prendre tout le monde au dépourvu. “On adore ce qu'on peut faire avec un ordinateur" nous confie Xavier de Rosnay, le porte-parole du groupe. “Il y a des possibilités avec l'informatique que le meilleur studio analogique au monde ne peut pas offrir. Nous ne sommes pas obsédés par les synthétiseurs. Certains sont géniaux mais la plupart d'entre eux sonnent comme de vieilles reliques du passé. Ce qui est moderne et nouveau ne vient pas de ces vieux synthés, le futur se crée avec d'autres choses." Justice n'a jamais joué le jeu de la hype, optant plutôt pour une communication décalée et une cool attitude incomparable.


Ce serait étrange de dire que nous n'avons plus rien à voir avec la Dance Music mais, en même temps, nous ne sommes pas vraiment un groupe de Dance. Xavier de Rosnay - Justice


Ce n'est pas pour rien si le duo parisien a fait une pause de 5 ans entre 'Audio, Video, Disco' et 'Woman', son nouvel album disponible ce vendredi 18 novembre. Depuis 2007 et le succès planétaire de 'Cross', les deux compères, signés sur le label Ed Banger de Busy P, ont souvent été comparés aux Daft Punk. Autant parce que Busy P (alias Pedro Winter) en était le manager dans les moments clés que par l'impact hors paire de leur musicalité. Habillés de leurs vestes en cuir et de leur jeans serrés, ces rockeurs d'apparence ont fait bouger les lignes de l'électro, sans distinction de genre ni pincettes. De leur tube le plus funky 'D.A.N.C.E' à leurs cavalcades épiques et angoissantes ('Stress'), les deux Français avaient réussi à imposer leur musique auprès de toute une génération, à un moment où l'électro tendait à s'ouvrir à d'autres terrains que les simples clubs.

Près de dix ans après, voici donc ‘Woman’, un troisième album plus dansant et plus proche des sonorités entrevues à leurs débits. Une pointe de disco, inspirée à la fois par leur énorme culture "Motown" et l'héritage de Cerrone et Moroder (il n'y a qu'à écouter 'Alakazam!' ci-dessus pour s'en convaincre), des grains rock satinés de saturation et des rythmiques implacables, souvent fat et implacables, pour contraster leurs envolées orchestrales proches du baroque. Xavier le reconnaît volontiers : “Il y a des éléments dont on ne se lasse jamais, mais aussi une manière de faire qui est peut-être notre marque de fabrique, en effet." Le duo a commencé à travailler sur ce nouvel album en 2015, après s'être éloigné des scènes et des studios pour retrouver le goût des choses et prendre du bon temps en famille, loin des sirènes de l'industrie.

"Au début, on n'a pas conceptualisé cet album, on a juste enregistré de manière naturelle, sans penser au produit final. On a pris du plaisir à écrire ces nouveaux tracks, plus dansants, on s'est laissé guider par nos envies. Certains titres contiennent des ingrédients rock'n'roll, d'autres sonnent plus baroques, ou disco-funk…” Il y a plusieurs invités vocaux. Le chanteur français Romuald et le leader de Zoot Woman, Johnny Blake, mais aussi Morgan Phalen, l'ancien chanteur de Diamond Nights, à l'honneur sur l'actuel single ‘Randy' et un autre titre nommé 'Pleasure'. Une voix que le duo avait déjà exploité sur son précédent album 'Audio Video Disco' .

“On s'entend bien avec lui et sa voix colle parfaitement à notre musique. Il nous a semblé naturel de l'appeler à nouveau pour enregistrer avec nous car nous savions que nous pourrions aller encore plus loin avec lui." Même si on retrouve l'identité sonore qui a forgé la renommée de Justice, on peut dire que 'Woman' est un album plus ambitieux. Le duo a ainsi travaillé avec le London Contemporary Orchestra sur plusieurs titres. Ces cordes ajoutent de la grandeur et de la classe au pudding disco cuisiné par nos deux héros nationaux. "C'était génial de travailler avec eux parce qu'ils sont très efficaces." analyse Xavier. "La plupart des membres de l'orchestre ont la vingtaine, ce qui a facilité notre collaboration. Ce sont des musiciens classiques mais c'est peut-être la première fois dans l'histoire de la musique que cette génération de musiciens symphoniques se revendique autant de la Pop culture. C'est une énorme différence, on trouve ça génial."

L'album contient d'ailleurs plusieurs titres d'influence classique, comme ce 'Heavy Metal’ au titre évidemment trompeur. C'est un peu comme un mélange de beats électro et de Beethoven, qui conduit sur un riff central de keytar propice au head-banging, dans la lignée du mythique ‘Aerodynamic’ de Daft Punk. "Je crois que la musique classique est très présente dans le monde occidental." nous confie Xavier. "Tout le monde a été exposé à des centaines d'oeuvres de musique classique, c'est une évidence. Pour nous, c'est quelque chose de très puissant car sans batterie, sans voix, sans refrain, on peut provoquer des réactions émotionnelles intemporelles. On a tenu à injecter un peu de ça dans notre musique, sans prétention. Pas parce que c'est intello ou bien pensant, juste parce que ça sublime les émotions et le sens de l'harmonie."

A côté de ces envolées lyriques, on retrouve aussi des titres instrumentaux musclés, à l'image de ‘Chorus’, qui est probablement le titre le plus rebelle de cet album, à obédience techno expérimentale. “On a produit ce titre à mi-chemin de l'enregistrement de l'album. On avait déjà finalisé 5 morceaux et on ressentait le besoin d'une rupture avec l'idée générale et le feeling dominant de 'Woman'. Il nous fallait donc un morceau plus électronique, plus excitant, différent. Ce titre est le résultat de quelques heures de bidouillages sur l'un de nos logiciels. Cela nous a fait du bien de sortir de notre process habituel, qui passe la plupart du temps par piano-basse ou guitare-basse. Pour le coup, 'Chorus' est vraiment un morceau composé et manipulé uniquement sur ordinateur.”

L'album transpire aussi la maturité, avec une production plus léchée, moins "sauvage" qu'à leurs débuts, tournée aussi vers des structures plus accessibles dans la plupart des cas. Le titre de conclusion, par exemple, ‘Close Call’, signe un rapprochement avec Air, sur une atmosphère très Ambient dans l'âme. "On a toujours pris des idées dans l'Electronica et l'Ambient mais on n'était jamais allé aussi loin que sur ce titre" reconnaît Xavier. De quoi se poser la question si Justice est encore un "Dance Act" ou non. “Ce serait étrange de dire que nous n'avons plus rien à voir avec la Dance Music mais, en même temps, nous ne sommes pas vraiment un groupe de Dance. On a un pied sur plusieurs territoires. On a aucun souci à être assimilés à la Dance mais on croit aux albums qui ne sont pas entièrement dansants."

Quoiqu'il en soit, on sait déjà que Justice va pouvoir repartir en tournée pour défendre cet album, avec un nouveau Live en cours de conception…

Justice 'Woman' (Ed Banger / Because Music) - Disponible le 18/11/2016.

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