C'est à cette question complexe que le "panorama électro" organisé ce jour par la Sacem a tenté de répondre...

La Sacem a tenu son premier panorama économique et culturel du secteur des musiques électroniques ce jour à l'occasion du salon MaMA...

L'objectif pour l'organisme est de mieux appréhender l'écosystème des musiques électroniques dans notre pays. Malgré l'extrême difficulté de l'exercice et une méthodologie peu précise, on retiendra tout de même quelques chiffres intéressants, notamment le fait que les musiques électroniques ne représenteraient en France que 17% du "marché des musiques actuelles".

Selon cette étude, les musiques électroniques en France pèseraient 416 millions d’euros, avec 82% de ce chiffre réalisé par les clubs/discothèques et les festivals. Selon l'étude de la Sacem, les clubs et discothèques française réalisent un chiffre d'affaires annuel de 295 millions d’euros, quand les festivals de musiques électroniques, estimés au nombre de 60 sur notre territoire national, sont valorisés à hauteur de 47 millions d’euros

DES CHIFFRES APPROXIMATIFS

On regrette toutefois certaines approximations dans l'étude, notamment au niveau des cachets payés aux DJ's sur les festivals. Exemple : "De plus en plus, les clubs et festivals se distinguent désormais des discothèques classiques, par un travail de programmation spécifique. Les DJ y jouissent d’un véritable statut de créateurs et leurs prestations relèvent du spectacle vivant. Ils exigent par conséquent des cachets en proportion de leur renommée, qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros en clubs et jusqu’à 20 000 ou 30 000 euros en festivals pour les têtes d’affiche. Les cachets des artistes de musiques électroniques sont en forte croissance sur ces 5 dernières années."

A la lecture de ce paragraphe, on comprend que les auteurs du rapport ont de toute évidence basé leurs calculs sur des chiffres inexacts ou bien qu'ils ont pris en considération qu'une seule catégorie de festivals, excluant ainsi les festivals de musiques électroniques dits "mainstream" tels qu'Electrobeach, où certains cachets artistiques sont dix fois supérieurs (au bas mot) aux montants annoncés par l'étude. Comme si les têtes d'affiche de l'EDM, les fameux DJ's stars, n'avaient pas été pris en compte dans cette étude... Alors même qu'ils ont le plus gros impact économique. Un premier non-sens, donc, surtout qu'on peut se vanter en France d'avoir des représentants de musiques électroniques très juteux, de David Guetta et DJ Snake en passant par Martin Solveig, JusticeDaft Punk ou la nouvelle scène incarnée par Tchami, Kungs, The Avener et compagnie... Des têtes d'affiche françaises qui pèsent très lourd à elles seules, espérons donc qu'elles aient au moins été prises en compte dans les calculs. 

UN MAUVAIS RECENSEMENT

L'étude est aussi limitée à partir du moment où elle semble exclure tous les DJ-producteurs non répertoriés à la Sacem, et ils ont l'air bien nombreux puisqu'on lit dans le rapport que "seulement 2/3 des 280 principaux DJ's et groupes de musiques électroniques français sont membres de la Sacem" et que "la Sacem compte par ailleurs 242 autres membres ayant le statut de DJ/compositeur de musiques électroniques." Soit un maigre total de 522 DJ-producteurs en France pris en compte dans cette étude ? Hum...

De tels chiffres soulignent deux problèmes majeurs. Le constat effarant que ni la Sacem ni aucun autre organisme officiel n'a connaissance du nombre réel de DJs, producteurs et compositeurs de musiques électroniques, extrêmement plus nombreux que ça. Ensuite, le fait que les producteurs de musiques électroniques ne sont probablement pas assez dans une démarche officielle, notamment en terme de gestion collective (Sacem) et qu'ils exerceraient donc leur métier (ou passion) dans une sorte d'économie parallèle, naturellement ignorée par cette étude. 

LES DISCOTHÈQUES ET LES CLUBS

Dans le domaine des discothèques et des clubs, ce rapport nous apprend aussi que la Sacem continue de prendre comme seule base le panel de 100 discothèques établi par la société de sondage Yacast. Il serait quand même temps de sortir de ce système archaïque, non représentatif des 2000 discothèques supposées être en activité dans notre pays. La Sacem semble toutefois en avoir pris conscience car elle annonce dans son étude vouloir changer de méthode au niveau du calcul des droits et donc de la gestion collective des oeuvres jouées en clubs et discothèques. L'organisme promet ainsi de renforcer l'identification des titres joués en clubs et discothèques afin d'effectuer une meilleure redistribution, abandonnant ainsi son traditionnel "forfait".

LA TECHNO-HOUSE RAPPORTE PLUS D'ARGENT !

Un graphique nous a interpellé au sein de ce rapport, qui ne cesse de distinguer "techno-house" et "Dance Music". Il semblerait ainsi que les établissements français spécialisés en "techno-house" génèreraient plus d'argent que les autres établissements.


Déjà, en dehors de la capitale, on cherche encore où se situent ces fameux établissements et on se demande comment ils parviennent à générer plus d'un million d'euros de chiffres d'affaires alors que leur capacité est souvent bien plus faible que les "autres établissements", autrement connus sous le nom (péjoratif, certes) de discothèques. A en croire ce rapport, en matière de musiques électroniques, l'underground est plus rentable que le mainstream lorsqu'on est gérant d'un établissement. Un véritable scoop ! 

LE PROBLÈME YACAST

Autre bizarrerie de ce rapport, ce graphique estimant que les clubs et discothèques ne jouent que 35% de musiques électroniques contre 65% "d'autres musiques". Là encore, on en revient au problème du panel Yacast, qui en effet sonde des établissements qui apparemment ne mériteraient pas d'intégrer une étude sur les musiques électroniques puisqu'eux-mêmes n'en jouent que 35% ! On marche donc sur la tête...


Ce rapport est donc bien morose puisqu'il n'arrive pas à aller au-delà de la simple base de données Yacast, non représentative de l'offre globale proposée dans notre pays et qui, de surcroît, n'analyse pas la fameuse catégorie "techno-house" pourtant si chère à cette étude. 

PEU DE POIDS DANS L'INDUSTRIE MUSICALE

En revanche, ce même graphique nous apprend que les musiques électroniques ne représentent que 7% du chiffre d'affaires "numérique" généré par l'industrie musicale française et seulement 3% des ventes physiques. Par numérique, on entend à la fois le streaming (Deezer, Spotify, Youtube, Apple Music...) et le téléchargement légal. A l'heure où les musiques électroniques sont - selon le leader mondial Spotify - le deuxième genre musical le plus écouté à l'échelle de planète, on se demande bien pourquoi ce taux est si bas dans notre pays... 

Bref, ce premier panorama sur les musiques électroniques nous laissent donc sur notre faim, avec des données statistiques parfois très douteuses et un manque apparent de méthodologie. Quoiqu'il en soit, on retiendra que l'électro est un marché qui représente tout de même près d'un demi-milliard d'euros dans notre pays, ce qui n'est pas si mal pour un genre musical encore très décrié malgré sa popularité sans précédent. 

L'intégralité de l'étude est disponible sur ce lien

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